Quel est le positionnement de la France en ce qui concerne l’entrepreneuriat ?


"France, situation de l'activité entrepreneuriale en 2025/2026", GEM rapport annuel, juin 2026

Le Global Entrepreneurship Monitor (GEM) est un projet scientifique qui vise à mieux comprendre la dynamique entrepreneuriale dans le monde. Il repose sur une modélisation qui met en relation l’activité entrepreneuriale avec ses déterminants et ses effets.

 

Les auteurs : Messeghem K., Lasch F., Bakkali C., Casanova S., Courrent J-M., Nakara W., Sammut S., Thurik R., Torrès O. (2026), Situation de l’activité entrepreneuriale en France : Rapport 2025/2026 du Global Entrepreneurship Monitor, LabEntreprendre, Montpellier.

 

Méthodologie :

– Une étude NES (National Expert Survey) qui mobilise 36 experts français sur neuf thématiques récurrentes. Chacun d’entre eux remplit une enquête nationale (NES) en ligne et évalue un certain nombre d’énoncés L’évaluation est réalisée à l’aide d’échelles de Likert en 11 points, allant de 0 (l’énoncé semble totalement faux) à 10 (l’énoncé semble tout à fait vrai).

– Une enquête annuelle (APS , Adult Population Survey) en 2025 auprès d’un échantillon aléatoire de 3 839 personnes. Celle-ci s’est déroulée en partie par téléphone (51%) et en partie via un panel de répondants en ligne (39%). Une pondération a été appliquée sur les répondants obtenus pour tenir compte de la répartition de l’âge, du genre et de la situation géographique.

Parmi les 53 économies participant au GEM en 2025, 48 ont participé aux 2 enquêtes. Le GEM a défini les groupes de la façon suivante :

– Pays de revenus élevés : économies dont le PIB par habitant est plus de 50 000 dollars,

– Pays de revenu moyen (ancienne Groupe B) : économies ayant un PIB par habitant entre 25 000 et 50 000 dollars

Seuls 21 pays du 1er groupe font l’objet des comparaisons de cette étude.

 

L’intérêt de cette étude est de procéder à une comparaison internationale, qui conduit à repérer des modalités propres à certains pays en ce qui concerne l’entrepreneuriat et à se poser quelques questions relatives à des écarts signifiants après une meilleur maitrise de la »fabrication » de l’étude.

⇒ Les interrogations avant d’aborder les résultats

– D’abord sur l’échantillon : 3 839 personnes ont été interrogés, mais on ne connait pas la composition de l’échantillon comme cela est habituel dans la plupart des sondages. Notamment quelles parts y ont les porteurs de projet et les nouveaux chefs d’entreprise évoqués dans l’enquête, à moins qu’ils aient fait l’objet d’une interrogation spécifique ?

Quelles sont les résultats exprimés qui ressortent de l’étude issue de l’échantillon et par ailleurs des propos des experts ?

 

– Puis sur les concepts utilisés qui ne sont que peu définis et peuvent diverger selon les pays : qu’entendre par exemple par celui d’intention de créer (dans la plupart des sondages Français, on utilise plusieurs items : probablement, ou certainement et par ailleurs dans l’année, dans les 2 ans ou au-delà qui apportent des réponses différentes)

 

Et encore celui d’entrepreneur naissant (selon le rapport, personne qui a créé son entreprise et a versé jusqu’à 3 mois de salaire ; s’agit-il de sa rémunération  ou de celle de salarié de son entreprise, supposant alors que seules les entreprises employeuses ont été prises en compte), celui d’entrepreneur nouveau (a créé a versé entre 4 et 41mois de salaire), celui d’entrepreneur établi (a créé et a versé au moins 42 mois de salaire) ; quid de ceux qui ont l’intention de créer ; il semble qu’ils ne fassent pas partie de l’étude ?  Que deviennent ces concepts dans l’étude où l’on parle ensuite d’entrepreneurs émergents (les entrepreneurs naissants + les entrepreneurs nouveaux, ce que semble suggérer le rapport), établis (tel que décrit dans le concept), ceux sortis (selon les motifs évoqués, il semblerait que 32,7% aient soit choisi une autre opportunité, la retraite ou un autre choix personnel, alors que les autres ont quitté pour des difficultés liées à la gestion de l’entreprise ?)

 

Par ailleurs, notre connaissance des chefs d’entreprise en France nous permet de constater d’une part que les autoentrepreneurs ont de très faibles revenus (en moyenne annuelle selon l’Urssaf 7 641€ en 2024 pour ceux en activité) et seulement de l’ordre de 60% des immatriculés feront des recettes, d’autre part que la plupart des nouveaux dirigeants, quel que soit leur statut, ne se versent pas de salaires dans les 1ers mois de la création de leur entreprise.

Comment ces différentes populations de créateurs sont intégrées dans l’étude GEM ? Quelle part elles y ont ?

 

Le concept d’investisseur informel : s’agit-il d’investisseur de type Business Angel, capital- risque (hors appartenance à une banque), d’association de prêt d’honneur ? Si ces 3 populations entrent dans la définition, les montants investis par entreprise différent beaucoup et une moyenne par entreprise en France n’a pas de sens. De ce je ne puis comparer la France aux autres pays faute de savoir ce que recouvre ce concept.

 

La question du choix des 36 experts : une très forte minorité d’Occitanie, et très peu d’acteurs œuvrant au bénéfice d’un entrepreneuriat de proximité (4 repérés) qui est très largement présent au sein des nouvelles créations (selon Sine 2018 de l’Insee, observés 3 ans après la création, 48% des sociétés ont des salariés et 19% des entreprises individuelles hors microentreprise).

 

Par contre, 16 acteurs sont issus d’entreprise de taille importante ou de réseaux investis dans des créations vouées au développement, 8 acteurs proviennent d’université dont celle de Montpellier ou de grandes écoles, 6 acteurs publics (ministère, collectivité locale) et 6 structures qui accompagnent des entreprises dites de proximité (petite TPE, population très majoritaire dans la création d’entreprise).

 

– Et la comparaison inexistante avec d’autres travaux en France, alors que la recherche des écarts avec d’autres travaux est une réelle opportunité pour faire avancer la connaissance. On trouve nombre d’articles dans le blog https://letowski.fr/ en activité depuis 2011 avec des mots clés tels intention de créer, et bien d’autres.

⇒ Ce qu’il semble possible d’exploiter

♦ L’écosystème français : une situation moyenne, mais un positionnement international qui s’améliore.

L’index du contexte entrepreneurial national connaît un retournement modeste après une diminution continue depuis 2022 (5,06/10 en 2022, 4,95/10 en 2023 et 4,82 en 2024). La barre de 5/10 étant de nouveau atteinte (5,01/10).

Sur le plan du classement international en revanche, la progression de la France est notable, passant de la 22e à la 11e place. Si l’on raisonne uniquement en comparant aux pays du G7, la France se situe au-dessus de la moyenne (4,74/10) et occupe la deuxième place, derrière le Canada (5,24/10) mais devant le Japon (4,86/10) et les Etats-Unis (4,79/10) et la plupart des pays Européens sans grand décalage toutefois (moyennes entre 4,1 et 4,8).

 

♦ Le positionnement par thème (indice et comparaison internationale) :

Par ordre décroissant de positionnement dans la comparaison internationale.

 

Un positionnement « environnemental » plutôt favorable au développement de l’entrepreneuriat

– L’accès aux financements (indice 5,2 et classement 6e/24) et existence de financements (5,2 et 10e/24)

– La promotion de l’entrepreneuriat dans les études supérieures (5,5 et 8e/24), mais moins favorable promotion de l’entrepreneuriat au primaire et secondaire (2,7et 15e/24)

 – La promotion et support de l’entrepreneuriat par le gouvernement (5,1et 9e/24), programmes publics en faveur de l’entrepreneuriat (5,9 et 10e/24)

– Les infrastructures physiques (7 et 11e/24) et les infrastructures commerciales et professionnelles (5,9 et 11e/24)

 

♦ Un positionnement moins favorable, pour créer des entreprises et les développer

– Le transfert R&D (4,6 et 11e/24)

– Les barrières à l’entrée (4,5 et 13e/24)

– Les lourdeur administrative et fiscale (4,4 et 16e/24)

– le dynamisme des marchés (4,9 et 17e/24) ou les difficultés dans la commercialisation des produits ou services des créateurs

– Les normes culturelles et sociales (4,1 et 19e/24).

On note, selon les experts interrogés, une dégradation depuis 4 ans pour les questions « Promotion et support de l’entrepreneuriat par le gouvernement » (5,10/10 en 2025 vs 5,97/10 en 2022) et « Lourdeur administrative et fiscale » (4,37/10 en 2025 vs 5,13/10 en 2022).

 

♦ La santé s’est légèrement améliorée (16% en mauvaise santé en 2025 vs 16,2 en 2024). Ce qui n’est pas le cas pour les entrepreneurs émergents et établis : la dégradation semble plus marquée pour les entrepreneurs émergents (14,7% en 2025 vs 11,6% en 2024), mais un peu un peu moins marquée pour les entrepreneurs établis, alors que les entrepreneurs émergents expriment le plus fort niveau de bonne santé avec 49.9% contre 41,4% pour les entrepreneurs établis et 43,5% pour la population totale).

2 études récentes sur la santé informent sur la santé des entrepreneurs, tout type d’activité et de petite taille (et non celle des nouveaux dirigeants) : 80 et 88% se disent en bonne santé physique et 76 et 79 en bonne santé mentale.12 et 20% en mauvaise santé physique et 21 et 24 en mauvaise santé mentale ; des résultats assez proches du rapport GEM.

⇒ Les motivations pour créer

♦ Dans la globalité des études Françaises, la1ére motivation à la création, de loin la principale est l’autonomie, le fait d’être indépendant, à son compte, ce qui n’apparait pas dans le rapport GEM, sans doute parce que cet item n’a pas été proposé aux répondants, alors que dans le rapport GEM, la1ére motivation pour la France est le fait de connaitre des entrepreneurs,  suivi du fait de se sentir compétent pour devenir chef d’entreprise (une  allégation bien plus en retrait dans les enquêtes publiées en France).

Autre écart qui demande à être travaillé celui de l’enrichissement, bien plus en retrait dans les enquêtes Française, alors que la création de son emploi y est plus présente et par contre presqu’au même niveau que l’enrichissement dans le rapport GEM. Ce ne sont que quelques exemples dont les écarts demanderaient à être travaillés.

Un point commun, celui « Pour faire une différence/ avoir un impact », dont le % est très faible pour la France (19,5% vs une moyenne de 47,6), sans doute trop faible, mais pourquoi cet écart important avec la plupart des autres pays Européens ?

Paradoxalement l’item « opportunités perçues », signe d’une vision de marché, est en contradiction avec l’item précédent, alors qu’ils sont liés ?

♦ La difficulté de comparer avec les autres pays non Européens

Le positionnement de l’Arabie et des Emirats interroge quant à leur extrême sensibilité à l’entrepreneuriat : interroge-t-on le même type d’entreprise, le même type d’expert ? Devant ces différences radicales, je propose de s’en tenir à l’observation sommaire en 1er lieu des résultats du Canada, et des USA, en juxtaposant la Grande Bretagne.

 

On peut sans doute parler d’une culture entrepreneuriale propre à ces 3 pays, en écarts fort importants avec la France (choix de carrière souhaitable, statut social élevé, valorisation par les médias), alors que l’index contexte entrepreneurial ne manifeste pas de différences (curieux non !). Etonnant aussi que le taux d’intention entrepreneuriale soit faible aux USA (20,3% vs19,8 en France mais vs 32 au Canada et en Grande-Bretagne). Il est aussi plus facile dans ces 2 pays de démarrer une entreprise (écart toutefois plutôt modeste avec la France).

La plupart des items relatifs aux motivations sont proches au sein décès 3 pays, traduisant une dynamique entrepreneuriale en forte présence chez les chefs d’entreprise notamment dans les items : « faire une différence », « opportunités perçues », « s’enrichir », mais aussi paradoxalement » gagner sa vie car les emplois sont rares » et « perpétuer une tradition familiale ».

♦ Les flux de création, d’entreprises établies et de sorties sont élevé en Grande-Bretagne et au Canada, alors qu’ils sont proches entre les USA et la France (à vérifier) et plutôt plus faibles dans nombre d’autres pays Européens. Il est impossible de vérifier ces flux pour la France du fait des concepts entrepreneurs émergent et établis.

Il n’est pas possible d’analyser la question des investisseurs informels faute de connaitre le contenu de ce concept.

 

♦ Enfin, il parait étonnant qu’en France, 34% des émergents soient exportateurs (dont 19% pour plus de 25% de leur clientèle) et 29% pour les entreprises établies exportateurs (dont 11,7% pour plus de 25% de leur clientèle). Selon les Douanes, les entreprises exportatrices en France sont 154 300 pour environ 3 millions d’entreprise (hors microentreprises) : 86% sont des petites entreprises qui réalisent des chiffres faibles.

Pour en savoir davantage : https://hal.science/hal-05513301v1/file/GEM%20France%20Report%202024-2025.pdf