Méthodologie : enquête nationale réalisée tous les deux ans par l’Ifop pour le compte de l’Observatoire de Bpifrance Création. 2 sondages sont réalisés :
* Le 1er a été administré en ligne du 13 au 26 juin 2025 auprès d’un échantillon de 4 990 personnes représentatives de la population française de 18 ans et plus (méthode des quotas : sexe, âge, profession de la personne interrogée après stratification par région et catégorie d’agglomération),
• le second a été administré par téléphone du 1 au 10 juillet 2025, auprès d’un échantillon de 501 personnes représentatives des résidents des Quartiers prioritaires de la Politique de la ville (QPV) âgés de 18 ans et plus (méthode des quotas : sexe, âge, situation relative à l’emploi de la personne interrogée, nationalité et niveau de diplôme).
Rappelons 2 définitions, celle des chefs d’entreprise ou ex-chefs d’entreprise ne posant pas problème :
– Intentionniste : personne envisageant de créer ou de reprendre une entreprise sans avoir encore engagé de démarches pour le faire ; c’est à quoi je vais m’attacher davantage,
– Porteur de projet : personne ayant engagé des démarches pour créer ou reprendre une entreprise dans les 12 derniers mois et dont le projet a déjà abouti (il devrait être classé dans la catégorie chef d’entreprise ?) ou est en cours de réalisation (même s’il est suspendu ou reporté à une date ultérieure).
– La chaîne entrepreneuriale est constituée des intentionnistes, des porteurs de projet, des chefs et des ex-chefs d’entreprise et les hors chaîne intéressés à créer/reprendre si les freins étaient levés.
Ce type de travail est rare, et permet de recadrer les fantasmes du secteur public notamment, souvent en fort décalage avec les réalités. Dommage que les données ne sont pas systématiquement comparées entre les différentes catégories observées, qui plus est avec celles observées au niveau national hors QPV.
Une approche rare de ceux qui auraient l’intention de créer/reprendre une entreprise, en séparant ceux qui sont en cours de projet et ceux qui en ont la vague intention.
⇒ Le contexte :
Depuis le 1er janvier 2024, la France métropolitaine compte 1 362 QPV contre 1 296 auparavant : 291quartiers ont conservé leur contour, 960 quartiers ont vu leur périmètre évoluer, 111 quartiers y ont fait leur entrée, et 40 en sont sortis.
5,3 millions y vivent dont 3,7 millions de plus de 18 ans ; le revenu médian annuel en 2024 est de 11 120€ et le taux de chômage de 26%. La population y est plus jeune (23% ont moins de 30 ans vs 17 en France), moins diplômée (14% sont issus du supérieur vs 34), avec moins de chefs d’entreprise dans leur entourage (24% vs 39) et une sensibilisation à la création/reprise ou à la gestion d’entreprise moins présente (16% vs 26).
⇒ L’implication dans l’entrepreneuriat de l’ensemble des répondants.
♦ 23% (vs 34 en France) sont inscrits dans une dynamique entrepreneuriale : si 14% ont l’intention de créer/reprendre, ils ne sont que 7% à l’avoir fait (dont 3 en situation actuelle d’entrepreneur) et 2% à être porteurs de projet.
Les personnes impliquées dans la chaîne entrepreneuriale sont des hommes (30% vs 14% des femmes) ; ces personnes sont 36% des moins de 30 ans, 27% des 30-49 ans et 11% des 50 ans et plus.
♦ 68% des intentionnistes et 40% des actifs dans la chaine entrepreneuriale estiment que le choix de carrière le plus intéressant est de travailler à son compte, vs 22% les hors chaine.
Les 2/3 associent réussite entrepreneuriale et réussite sociale, contre les 3/4 des Français.
Être entrepreneur est une source d’épanouissement pour 72%, 89 pour les intentionnistes, 84 pour les actifs et 55-77 pour les hors chaine.
Mais cela pèse sur la santé selon 81%, 87 pour les intentionnistes, 79 pour les actifs et 72-84 pour les hors chaine.
69% des répondants estiment que les personnes qui réussissent en affaires sont des modèles ; il en est ainsi de 74% des intentionnistes, de 66 à 77% des hors chaine et de 64% des actifs.
♦ Globalement parmi les répondants, 3 sur 10 ont connu un changement de situation professionnelle en 2025 ; parmi eux, 1 sur 10 a réfléchi à se mettre à son compte (3% des habitants des QPV, contre 6 dans l’ensemble du pays) ; toutefois les intentionnistes sont 18% à l’avoir envisagé vs 5 les hors chaine.
La conjoncture a été un déclencheur pour 1 actif sur 10 et 1 intentionniste sur 14 (contre 1 sur 8 dans les 2 cas au niveau national). Si la crise sanitaire a été un accélérateur pour 1actif de la chaîne des QPV sur 6 en 2021, la conjoncture qui a suivi les a moins incités à franchir le pas.
D’ailleurs, 72% estiment que leur vie professionnelle actuelle leur convient, davantage les intentionnistes (71-76), au même niveau les actifs (71) et moins les porteurs de projet (61). Toutefois, 46% disent que cette vie professionnelle les stresse : 59 les actifs et 44 les intentionnistes.
⇒ Les intentionnistes, un projet de création/reprise trés incertain.
♦ Ils sont bien plus nombreux que les actifs (porteurs de projet + chefs d’entreprise + ex-chefs d’entreprise), notamment chez les moins de 30 ans (28% vs 8).
♦ Profil : Ils sont souvent des hommes (près de 2 sur 3) ; ils sont âgés de moins de 30 ans (1 sur 2), alors que dans l’ensemble du pays, le profil est aussi masculin mais plus souvent dans la tranche des 30-49 ans ; ils sont moins diplômés que la moyenne des intentionnistes en France (6 sur 10 possèdent un diplôme inférieur au Baccalauréat ou n’en ont pas comme l’ensemble des résidents des QPV), contre 1 sur 4 au niveau national. Ils sont aussi moins exposés à l’entrepreneuriat (33%) ; de fait, ils ont moins souvent des entrepreneurs dans leur entourage (4 sur 10 vs 6 sur 10 en France) et sont moins souvent sensibilisés à la création/reprise ou à la gestion d’entreprise (4 sur 10 vs 1 sur 2 en France) ; ils sont aussi plus souvent primo-accédants, le récidivisme entrepreneurial étant quasi absent en QPV.
Mais ils acceptent davantage de prendre des risques (9 sur 10 contre 8 sur 10 en France).
♦ Et puis ils sont 66% à ne pas savoir quand il s’attèlerait à un projet de création/reprise : seuls 6% l’envisageraient dans l’année, 12% dans les 2 prochaines années et 15% plus tard.
ils préfèrent reprendre une entreprise dans laquelle ils travaillent (7 sur 10 contre 1 sur 20 au niveau national), alors que les intentionnistes au niveau national optent pour la création ex-nihilo (6 sur 10 contre 1sur 6 en QPV).
♦ Pourquoi autant d’intentions et peu de passages à l’acte en QPV ?
Les QPV sont des zones urbaines aux ménages modestes et une population très jeune (1/4 des personnes majeures a moins de 30 ans). 1 intentionniste sur 2 y a moins de 30 ans, contre 1 sur 3 en France.
Hors, ils ont peu de moyens pour s’installer.
Si le rôle des pairs est déterminant dans le passage à l’acte, ils connaissent bien moins d’entrepreneurs dans leur entourage.
♦ Les motivations des intentionnistes pour créer/reprendre en QPV ne semblent guère différer de l’ensemble des intentionnistes Français :
– Importance du statut : être son propre patron (53%), réaliser un rêve (25), exercer une activité conforme à ses valeurs (17),
– Le projet personnel : augmenter ses revenus (22), créer son propre emploi ou celui d’un proche (21), construire un projet collectif ou familial (6), changer de métier (4), seule solution pour exercer le métier (5), seule solution pour retrouver du travail (2), alors que ce dernier item est souvent repéré par les accompagnateurs en QPV,
– Le projet entrepreneurial : mettre en œuvre une idée nouvelle (13), affronter de nouveaux défis (13), saisir une opportunité de création/reprise.
♦ Les principales craintes en direction d’un projet de création/reprise.
– Les contraintes venus de l’extérieur : un investissement financier trop important (30), les démarches trop complexes (20), la concurrence trop vive (2),
– Les craintes pour son avenir : risque d’échec (14), revenu insuffisant ou trop instable (13), remise en cause de l’équilibre vie pro -perso (3), trop de responsabilités ou de stress (3), solitude du dirigeant (1),
– Les compétences du postulant : manque de crédibilité (âge, expérience, etc.) 10, manque d’expertise dans le métier (9), manque de compétences pour créer/reprendre (7),
– Le manque de soutien : manque d’appui ou d’accompagnement pro (9), manque de soutien de l’entourage (5),
Mais paradoxalement 35% n’expriment aucune crainte particulière.
⇒ Les hors chaîne.
♦ Ceux qui n”envisagent pas de créer/reprendre sont 22% à penser que se mettre à son compte est un choix de carrière idéal vs 57% ceux intéressés par ce type de création ; d’ailleurs seulement 9% (vs 48) sont sensibilisés à l’entrepreneuriat.
Cette population possède un profil très proche des hors chaîne au niveau national : elle est plutôt féminine et senior, peu diplômée (8 sur 10 possèdent un diplôme inférieur au Baccalauréat ou n’en ont pas ; c’est le cas de tous les résidents des QPV), vs 1 sur 2 au niveau national ; ils ont peu de chefs d’entreprise dans leur entourage (1 sur 5 contre 3 sur 10 au national).
De plus, 3 sur 4 sont satisfaits de leur vie professionnelle, bien que légèrement plus impactés par la conjoncture que la moyenne des hors chaîne en France (3 sur 10 vs 1 sur 4).
Toutefois, 1 sur 3 y réfléchirait si les freins étaient levés alors qu’ils sont 4 sur 10 au niveau national.
♦ Pour eux les freins sont plus importants que pour les autres Français ; ils sont :
– Relatifs à la création/reprise : investissement financier trop important (12), démarches administratives trop complexes (9), concurrence trop vive ou marché insuffisant (3),
– A leur situation personnelle résultant du projet de création/reprise : revenu insuffisant ou trop instable (21), trop de responsabilités ou de stress (13), à la remise en cause de leur équilibre vie pro/perso (7), au risque d’échec trop important (5), à la solitude du dirigeant (2),
– D’autant qu’ils ne s’en sentent pas les compétences : ils ne savent pas comment s’y prendre (6), manquent d’expertise dans le métier (5), de compétences pour créer/reprendre (5) et de crédibilité (3),
– Et puis ils ne se sentent pas soutenus : manque d’appui ou accompagnement pro (6), et manque de soutien de l’entourage (4).
♦ Une partie d’entre eux franchirait le pas :
– S’ils étaient soutenus par leur entourage familial ou amical (55), ou professionnel (42), parce qu’ils ne savent pas comment s’y prendre (28),
– Si les conditions de création/reprise étaient plus favorables : démarches administratives devenaient moins complexes (51), si l’investissement financier était moins important (38), et la concurrence moins vive (8),
– Si la création/reprise permettait un revenu suffisant (40), et le risque d’échec moins important (29), et le stress ou la responsabilité moins vifs (23),
– Et si leurs compétences étaient à la hauteur : une meilleure expertise dans le métier (39), des compétences ad hoc pour créer/reprendre (35), et une crédibilité assurée (11).
⇒ En conclusion,
Un tableau comparatif et récapitulatif des données qui ont pu être proposées dans l’étude.
Pour en savoir davantage : https://www.banquedesterritoires.fr/dans-les-quartiers-prioritaires-une-envie-dentreprendre-bien-reelle-mais-freinee