Que disent les salariés sur leurs conditions de travail en 2024 ?


"Quelles évolutions des conditions de travail et des risques psychosociaux depuis 2016 ?", Dares Analyses N°37, septembre 2026

Méthodologie : enquête Conditions de travail et risques psychosociaux 2024/2025. La collecte s’est déroulée de juillet 2024 à avril 2025. 25 300 questionnaires ont été recueillis face à face, complétés par un auto-questionnaire pour les questions les plus sensibles.

Mais on ne connait pas la description de l’échantillon, notamment la taille des entreprises dont ils sont salariés, alors que les modalités de travail peuvent différer notamment dans les petites entreprises (dans nombre de cas plus favorables).

 

Je me suis attaché aux résultats concernant l’année 2024, et non à mesurer l’évolution légèrement plus favorable entre 2016 et 2024. Ces résultats permettent non seulement d’approcher le vécu des salariés pour mieux préciser la politique en ressources humaines de nos entreprises, mais aussi pour comparer ces vécus à ceux des patrons d’entreprises dont on connait aussi leur rapport au stress et à leur santé.

 

En 2024, 82% des salariés éprouvent souvent ou toujours la fierté du travail bien fait (contre 18 % jamais ou parfois), soit une amélioration de 10 points par rapport à 2016.

 

♦ Constatons tout d’abord les changements au sein de la CSP des emplois salariés : forte évolution du nombre de cadres et forte baisse des employés et ouvriers non qualifiés.

♦ Le rapport au stress et aux exigences émotionnelles, salariés en responsabilité comme patrons :

Comme les patrons d’entreprise, les cadres, les professions intermédiaires, les employés qualifiés doivent fréquemment abandonner une tâche pour une autre non prévue, doivent penser à trop de choses à la fois, et travailler sous pression.

Et sont soumis à des exigences émotionnelles du fait du contact avec le public ; les femmes y sont plus soumises que les hommes.

♦ Mais ce qui différencie patrons et salariés, ce sont des questions d’autonomie, de relations dégradées et de manque de reconnaissance 

Le manque d’autonomie dans l’organisation de son travail (pas possible d’intervenir sur la quantité de travail, sur les délais) ou sur la marge de manœuvre dans la réalisation des tâches, conduisant au sentiment de ne pas avoir la capacité de développer ses compétences.

Des rapports sociaux jugés dégradés (critique injuste en direction de son travail, relation dégradée avec son supérieur hiérarchique) et plus encore le fait de travailler toujours seul et ne pas avoir l’impression de travailler en équipe, alors que les relations avec les collègues apparaissent moins dégradées.

♦ Reconnaissance du travail, sentiment d’utilité et fierté du travail en berne.

L’espoir de promotion et la rémunération sont insatisfaits, plus que le fait de recevoir l’estime pour son travail.

Le travail bien fait est sollicité, et la fierté qu’on en retire est rendu difficile par le nombre insuffisant de collaborateurs et de temps.

♦ Quelle insécurité ressenti dans son travail ?

Celle-ci provient d’abord des changements sur lesquels ils n’ont pas prise, puis sur le souhait de ne pas exercer la même activité jusqu’à la retraite, moins sur le fait de devoir quitter l’entreprise.

♦ Quels changements favorables au regard de 2016 ?

– Entre 2016 et 2024, la proportion de salariés exposés à au moins trois contraintes de rythme passe de 43 à 38%. La catégorie des ouvriers qualifiés demeure la plus exposée (55%). Le niveau d’intensité du travail reste cependant supérieur à celui des années 1980 et 1990. Par exemple, 50% des salariés subissent un rythme imposé par des demandes extérieures exigeant une réponse immédiate, contre 28% en 1984.

 

– Les exigences émotionnelles liées au contact avec le public sont en légère baisse.

 

– Le manque d’autonomie dans l’organisation du travail, qui concerne 41% des salariés en 2024  recule de 3 points entre 2016 et 2024. Le manque de capacité de développement recule également. 

 

– La part de salariés entretenant des relations dégradées avec leurs supérieurs hiérarchiques recule de 5 points, pour s’établir à 21%, comme la part de salariés indiquant des relations dégradées avec leurs collègues. Par contre, les comportements hostiles augmentent de 2 points (passant de 29 à 31%).

 

– Les salariés déclarent moins souvent un manque de reconnaissance au travail, comme ceux estimant être mal payés.

 

– 82% des salariés éprouvent souvent ou toujours la fierté du travail bien fait (contre 18% jamais, ou parfois), une  amélioration de 10 points par rapport à 2016. Pour autant, la proportion de salariés qui s’estiment en situation de « qualité empêchée » par un manque de moyens ne faiblit pas ; un salarié sur quatre juge ne pas avoir assez de temps pour effectuer correctement son travail et un sur trois pas assez de collaborateurs. Les femmes sont confrontées nettement plus que les hommes à ce sentiment de « qualité empêchée ». 

 

– Par contre, les salariés confrontés à de nombreux changements ressentent davantage d’insécurité et présentent plus de symptômes dépressifs. Et la part de salariés ne se sentant pas capables de faire le même travail jusqu’à la retraite passe de 38 à 41% ; mais, elle affecte davantage les plus âgés.

 

Pour en savoir davantage : https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/quelles-evolutions-des-conditions-de-travail-et-des-risques-psychosociaux-depuis-2016