Méthodologie : échantillon de 4 000 personnes, représentatif de la population de France métropolitaine âgée de18 à 75 ans, interrogé entre le 26 mars et le 8 avril 2025. La représentativité de l’échantillon a été construite par la mise en place de quotas sur les critères suivants : âge, sexe, CSP, région et taille de l’agglomération de résidence, niveau du diplôme le plus élevé. Les données ont été redressées sur l’ensemble des variables « quotas ».
Toutes les questions comparables avec les précédentes versions de l’étude (L’ObSoCo, le rapport des Français aux perspectives utopiques, 2019 et 2022), sont présentées dans ce rapport.
Une étude qui permet d’appréhender les Français dans leurs utopies, des informations utiles pour le chef d’entreprise qui cherche à situer sa clientèle.
Une typologie en 6 groupes.
⇒ Quels sont ces 3 modèles ?
Les 3 modèles de société testés sont les suivants : celui d’une société éco-solidaire, celui d’une société identitaire-sécuritaire, et celui d’une société techno-libérale.
♦ La société éco-solidaire donne la priorité à la transition écologique. L’Etat oriente les comportements des personnes et des entreprises vers plus de sobriété. Des quotas carbone sont alloués à chaque individu. La consommation, qui se concentre sur l’essentiel, s’inscrit dans le « moins mais mieux ». Les inégalités reculent, notamment par la mise en place d’une sécurité sociale de l’alimentation. Le temps de travail est réduit (mais accompagné d’une baisse des rémunérations), ce qui permet à chacun de développer la production domestique. L’économie de proximité est privilégiée, centrée sur des petites entreprises et des structures de l’économie sociale et solidaire. Dans certains secteurs, les entreprises sont nationalisées. La vie démocratique est marquée par la participation citoyenne, notamment à l’échelle locale. En contrepartie de cet ensemble, les revenus sont en baisse, certains prix sont en hausse, la mobilité automobile, l’habitat individuel, la consommation de viande… sont visés par une réglementation dissuasive.
♦ La société identitaire-sécuritaire établit un contrôle strict des frontières, à l’égard à la fois des hommes (coup d’arrêt donné à l’immigration) et des marchandises (barrières douanières visant à protéger l’économie domestique). En contrepartie, le prix de nombreux biens et services augmente. Le patrimoine et la culture nationale sont promus. Tous les membres de la société sont tenus d’adopter les normes et valeurs communes. Pour renforcer la sécurité, le gouvernent a fait adopter des lois alourdissant les peines à l’encontre des délinquants, a augmenté les effectifs de police, a déployé des dispositifs de vidéo-surveillance intégrant la reconnaissance faciale.
♦ La société techno-libérale est centrée sur la croissance économique tirée par la science et la technologie qui permettront de faire face à la crise écologique, mais aussi dans une perspective transhumaniste d’allonger très sensiblement la durée de vie en bonne santé et, pour les parents, de pouvoir sélectionner certains des caractères de leurs enfants à naître. Le cœur de l’économie repose sur de très grandes entreprises mondialisées et un tissu dense de startups . L’action de l’Etat se replie sur les fonctions régaliennes , le cadre réglementaire est allégé et simplifié, et les individus davantage responsabilisés. Les décisions politiques sont prises par des élus , conseillés par des experts et des chefs d’entreprises, qui ont régulièrement recours au référendum. Le pouvoir d’achat augmente mais les inégalités se creusent, au profit de ceux dont l’engagement et les talents sont recherchés et chacun est invité à prendre en charge les protections initialement assurées par l’Etat providence.
Il y a plusieurs manières d’observer les préférences des Français interrogés entre les trois modèles de société. La plus directe consiste dans l’observation des notes globales données aux trois modèles de société par les répondants à l’issue de la présentation détaillée qui leur en avait été faite. La société éco-solidaire se classe en premier (44%), suivie de près par la société identitaire-sécuritaire (43%) et loin derrière, la société techno-libérale (13%).
La moyenne des notes données aux 18 propositions relatives aux 3 modèles de société débouche sur des résultats très proches.
⇒ Quels profils ont les répondants au regard des modèles choisis ?
Les hommes ont plus souvent choisi la société techno-libérale, alors que les femmes ont privilégié la société éco-solidaire. L’âge est très déterminant. La société éco-solidaire est surreprésentée chez les cadres et professions intellectuelles supérieures, alors que c’est la société identitaire-sécuritaire qui l’est chez les ouvriers.
Les habitants des villes centres des métropoles ont davantage privilégié la société écosolidaire, alors que la société identitaire-sécuritaire est surreprésentée parmi les habitants des couronnes périurbaines et des communes rurales hors attraction des villes.
⇒ Quelques résultats importants qui relativisent l’approche catégorielle.
♦ Quel que soit le critère retenu, aucun de ces modèles de société ne suscite l’adhésion enthousiaste d’une part importante de la population : au plus, la société identitaire-sécuritaire réunit 27% de « supporters » et 15% de détracteurs. La société éco-solidaire compte 25% de supporters et 9% de détracteurs. La société techno-libérale se distingue par une proportion de « détracteurs » relativement élevée (20%) vs 12% de supporters.
Finalement, les trois modèles de société testés n’engendrent ni enthousiasme massif, ni ferme rejet . On observe également que la préférence affichée pour un modèle de société n’implique pas nécessairement le rejet des deux autres.
♦ Les Français répondants se montrent également très critiques à l’égard de la consommation, et de la place qu’elle prend dans la société, même s’ils reconnaissent qu’elle peut être source de plaisir et contribuer au bonheur. 32% se disent satisfaits de leur manière de consommer, 17% voudraient pouvoir consommer plus, et 51% aspirent à « consommer mieux », dont 32% seraient prêts pour cela à consommer moins.
♦ Le modèle économique centré sur le travail indépendant ne rencontre pas une franche adhésion (13%). 30% prônent une forme d’organisation dans laquelle la gouvernance des entreprises s’appuie sur l’ensemble des parties prenantes.
♦ Les Français s’affichent de plus en plus pessimistes : interrogés sur la vie qu’auront leurs enfants ou petits-enfants, seuls 9% anticipent qu’elle sera meilleure que la leur, alors que 57% la devinent pire vs 53% en 2019. 62% s’accordent à penser que « de manière générale, c’était mieux avant » (56% en 2019). Ce pessimisme se retrouve moins marqué, lorsqu’il s’agit de se projeter personnellement dans l’avenir : 45% des Français interrogés désapprouvent la proposition « quand je pense au monde dans les années qui viennent, je me dis que l’avenir est plein d’opportunités et de nouvelles possibilités » (contre 40% de l’avis contraire). Les femmes se montrent ici plus souvent pessimistes que les hommes (50 vs 40%).
♦ Un contexte de défiance systémique : ces risques globaux sont d’autant plus mal vécus que l’on doute de notre capacité collective à les contenir : défiance à l’égard du corps politique et du fonctionnement de la démocratie en France (71% estiment qu’elle ne fonctionne pas bien dont 29% « pas bien du tout »).
La défiance s’étend aux grands acteurs de l’économie (des géants du numérique, aux enseignes de la grande distribution, en passant par les grandes marques de l’agro-alimentaire). Bref, on se défie des élites qui pilotent le « système » alors que les petits acteurs, comme les artisans-petits commerçants ou les paysans, affichent de très hauts niveaux de confiance.
♦ Enfin, un clivage, très marqué, renvoie à l’âge des répondants.
59% des 18-24 ans affichent une préférence pour la société éco-solidaire, vs 34% chez les 65-75 ans ; à l’inverse, 62% de ces derniers préfèrent la société identitaire-sécuritaire 26% chez les 18-24 ans. Toutefois, la part des répondants exprimant une préférence pour la société techno-libérale est trois fois plus élevée chez les 18-24 ans (16%) que chez les 65-75 ans (5%).
Les jeunes ont plutôt tendance à mettre en avant la solidarité et l’épanouissement personnel. Un clivage générationnel est également perceptible au plan du libéralisme culturel, du rapport à l’altérité et du cosmopolitisme. Ainsi, 65% des 18-24 ans estiment que la France s’enrichit de la diversité ethnique et culturelle, vs 42% les 65-75 ans.
La disposition à s’investir dans la vie publique est plus forte chez les moins de 35 ans, voire chez les 18-24 ans (42% vs 21 chez les 65-75 ans).
L’âge est moins clivant pour ce qui est du rapport au modèle de développement, à l’organisation de la vie économique ou du rapport au travail. Ce sont les plus âgés qui se montrent les plus critiques à l’égard du modèle de développement et les 25-44 ans qui le sont le moins. Les 18-24 ans se démarquent par une plus forte proportion d’individus aspirant à être chef d’entreprise ou travailleur indépendant (respectivement 15 et 21% vs 7 et 15% pour l’ensemble de l’échantillon).
⇒ Une typologie des Français.
Sont davantage proches du modèle identitaire-sécuritaire
♦ Les réactionnaires (8%) :
Ce groupe est celui qui affichent les positions les plus tranchée et manifeste un très fort niveau d’adhésion au modèle de société identitaire sécuritaire (83% vs 14% pour le modèle éco solidaire et 3% pour le techno-libéral).
Très pessimistes (80% pensent que « c’était mieux avant ») et peu satisfaits de leur existence, ils sont profondément attachés à la sécurité et à l’identité nationale. Ils se montrent particulièrement hostiles aux évolutions sociétales, à l’écologie militante et aux nouvelles technologies, qu’ils perçoivent comme des menaces pour l’ordre auquel ils sont attachés. ils affichent les plus hauts niveaux de défiance à l’égard de l’ensemble des acteurs incarnant « le système ».
Les « réactionnaires » sont à 56% des hommes. Ils sont relativement âgés. Peu parmi eux
déclarent vouloir consommer moins mais mieux. Ils se placent « très à droite ».
♦ Les individualistes sécuritaires (21%) :
68% des « individualistes sécuritaires » ont affirmé une préférence pour la société identitaire-sécuritaire, 30% pour la société éco-solidaire et seulement 2% pour la société techno-libérale.
Relativement pessimistes et repliés sur eux-mêmes, le souci de préserver leurs modes de vie les rend réticents aux restrictions de leurs libertés et favorise une demande de sécurité.
Ils expriment le sentiment de ne pas être suffisamment respectés , en tant que citoyens, contribuables, usagers des services publics, mais aussi en tant que consommateurs ; ils sont plus matérialistes et consuméristes que leurs concitoyens. Ils ont relativement peu confiance dans la science et la technologie. ils se sentent relativement peu concernés par les questions écologiques .
On y observe fréquemment un taux élevé de « sans opinion ».
55% des « individualistes sécuritaires » sont des femmes. Les plus de 55 ans sont sur-représentés. Leur répartition par CSP et selon le niveau de vie ou de patrimoine est proche de celle de l’ensemble de la population.
♦ Les identitaires-souverainistes (12 %)
60% affichent une préférence pour le modèle de société identitaire sécuritaire, 39% pour le modèle éco-solidaire, et 1% ont mis le modèle « techno-libérale »
Attachés à l’identité nationale et à la sécurité, les « identitaires souverainistes » sont sensibles à la transition écologique – notamment dans ses dimensions relatives à la consommation – tant qu’elle n’affecte pas trop un mode de vie auquel ils semblent attachés. Ils témoignent d’un fort niveau d’adhésion aux propositions relatives à la consommation , en particulier le « moins mais mieux » (71%) et le « faire soi-même » (60%), mais aussi une consommation plus locale (45%)
53% ont plus de 55 ans (34% l’ensemble de la population) d’où un poids relativement important des retraités. Parmi les actifs, les professions intermédiaires sont sur-représentées au détriment des CSP-. C’est le groupe qui affiche le niveau de vie moyen le plus élevé. Le niveau d’éducation est toutefois relativement faible. 64% sont propriétaires de leur logement (le taux moyen le plus élevé). Les habitants des communes rurales et des petites villes sont sur représentés.
Sont davantage proches du modèle éco-solidaire
♦ Les « progressistes verts » (15%)
Leur modèle est la société éco-solidaire pour 72% vs 20% le modèle identitaire-sécuritaire et 8% le modèle « techno-libérale ».
Ils incarnent une vision progressiste (notamment, foi dans la science et la technologie), écologiste et sociale de la société. Ils mettent en avant l’écologie, le partage et la justice sociale, sans nécessairement remettre en cause la croissance. Ils sont relativement peu critiques à l’encontre des institutions et du rôle de l’Etat. Ils se sentent plutôt bien intégrés dans la société actuelle, affichent un niveau élevé de satisfaction à l’égard de l’existence et leur regard sur le futur est plutôt optimiste.
Ils sont séduits par les aspects relatifs aux modes de consommation : « moins mais mieux », consommation collaborative et faire soi-même. Ils sont également séduits par un système politique dans lequel les décisions sont prises localement avec la participation des citoyens.
Ils souhaitent une politique publique qui favoriserait le petit commerce au détriment des grandes surfaces.
A plus de 80%, ils s’accordent sur l’instauration d’une limite aux hauts salaires ;. 64% s’expriment en faveur de l’augmentation des dépenses de prestations sociales et 73% aux aides aux personnes en situation de précarité. Pour autant, une majorité d’entre eux trouve légitime les écarts de revenus liés à l’effort ou au talent.
54% sont des hommes. Ils sont plus jeunes que la moyenne, avec une part des 18-24 ans (18%) la plus élevée des 6 groupes de la typologie. La structure par CSP est légèrement décalée vers le haut. Les Franciliens sont nettement sur-représentés (28%), de même que les habitants des villes centres des métropoles au détriment en particulier de ceux des couronnes périurbaines. Ils se distinguent par le plus haut niveau moyen de satisfaction à l’égard de l’existence.
♦ Les décroissants (7 %)
Les préférences des « décroissants » vont à 68% au modèle de société éco-solidaire (le mieux noté), vs 32% optent pour le modèle identitaire-sécuritaire, alors qu’aucun membre n’a mis au premier plan le modèle techno-libéral.
Critiques du modèle développement contemporain et attachés à la justice sociale, les « décroissants » conjuguent une sensibilité écologique forte et un attachement aux traditions. Ils valorisent la préservation des normes, des coutumes et du patrimoine local ; leur vision repose sur une consommation locale, raisonnée et enracinée dans une identité culturelle.
C’est le groupe le plus réservé à l’égard de la perspective d’une économie en croissance rapide mais générant plus d’inégalités. Ils se distinguent aussi par une très faible foi dans le progrès ainsi que dans la science et la technologie.
Les « décroissants » sont très critiques à l’égard du modèle de développement et de la consommation (près d’un sur deux se dit prêt à consommer moins mais mieux). Davantage que l’ensemble des répondants, ils voient dans l’économie sociale et solidaire la forme idéale
d’organisation de l’activité économique. ils forment le groupe le plus pessimiste de la typologie.
Le groupe des « décroissants » est composé à 58% de femmes. Seulement 5% ont moins de 25 ans (11% sur l’ensemble de la population) ; les retraités sont surreprésentés. Parmi les actifs, les employés sont surreprésentés. Les Franciliens sont sous-représentés. La répartition par niveaux de vie et de patrimoine est proche de celle de l’ensemble de la population. 61% sont propriétaires.
♦ Les modernes (36%)
Les « modernes » forment le groupe dont les préférences entre les trois modèles de société sont les plus équilibrées, avec 46% pour la société éco-solidaire, 31% pour la société identitaire sécuritaire, et 23% pour la société techno-libérale qui enregistre son meilleur score ; mais aussi une proportion souvent importante de « sans opinion ».
Les « modernes » paraissent, comparés aux autres groupes, comme relativement à l’aise dans la société contemporaine et son modèle de développement, vis-à-vis de la technologie, de la mondialisation, ou de l’immigration. Ils sont plutôt moins pessimistes que les autres groupes et sont également plus à l’aise avec le rythme du changement que l’ensemble des répondants.
Dans leur évaluation de la société techno-libérale, les « modernes » se distinguent par une attitude globalement positive à l’égard des propositions ayant une composante technologique Ils adhèrent également aux propositions évoquant un surcroît de liberté individuelle, telle que la simplification du cadre réglementaire ou la promotion du travail indépendant. C’est le groupe qui conteste le moins le modèle de développement. Ils se montrent collectivement relativement peu préoccupés par la crise écologique et leur rapport à la consommation est plus favorable que la moyenne. Leur confiance dans les paysans et dans les artisans-petits commerçants, quoi que très forte, l’est moins que dans les autres groupes de la typologie , alors qu’ils se montrent relativement moins défiants à l’égard des géants du numérique.
Les « modernes » sont sensiblement plus jeunes que la moyenne : 17% ont moins de 25 ans et 60% ont moins de 45 ans. La structure par CSP est proche de celle de l’ensemble de la population. Ils sont un peu plus diplômés que la moyenne ; seulement 51% sont propriétaires. Ils sont relativement bien répartis sur le territoire.
Pour en savoir davantage : https://lobsoco.com/telechargement-de-lobservatoire-des-perspectives-utopiques-vague-4/