Le salaire moyen se situe, au 3éme trimestre 2025, à un indice d’environ 97, soit une perte de l’ordre de 3% par rapport au début 2017.


"l’Evolution du pouvoir d’achat en France depuis 2017 au regard des indicateurs de prix et de consommation", Assemblée Nationale rapport d'information N°2747, avril 2026

⇒ Quelles sont  les types de dépenses qui pèsent le plus et pour qui ?

♦ L’alimentation est souvent perçue comme une dépense incontournable, au même titre que le loyer ou les factures d’énergie. Pourtant, à la différence de ces postes captifs, elle demeure la seule réellement compressible lorsque le reste à vivre se réduit. C’est précisément cette caractéristique qui en fait le principal amortisseur des tensions budgétaires des ménages modestes.

 

Or entre le 1er semestre 2021 et le 1er semestre 2025, les prix alimentaires ont progressé de 22%, contre 14% pour l’indice général des prix.

Selon les enquêtes menées par Familles rurales en collaboration avec l’Ifop, près de trois Français sur dix déclarent devoir sauter des repas faute de moyens suffisants ;  55% des habitants de zones rurales ont déclaré avoir renoncé à acheter des produits alimentaires pour des raisons financières. 

 

♦ Le logement constitue, en France, le premier poste de dépenses des ménages et l’un des principaux leviers d’explication de la dégradation ressentie du pouvoir d’achat. Son poids dans le budget familial a plus que doublé entre les années soixante et 2020, passant de moins de 18 à près de 28% de la consommation finale des ménages. 

En 2024, la dépense est en progression de 4,6%, un rythme nettement supérieur à la moyenne des dix dernières années (+ 2,3%). Les loyers contribuent à plus de la moitié de la croissance (+ 2,4 points), tandis que les dépenses d’énergie, en rebond de + 12,8%, y participent pour plus d’un tiers.

 

Les données de l’Insee viennent corroborer cette réalité de terrain. Ainsi, en 2025, « la part des personnes en situation de privation matérielle et sociale représente 13,5% des personnes vivant dans un logement ordinaire, soit neuf millions de personnes. Par ailleurs, près de 11% déclarent se priver de repas avec de la viande, du poisson ou un équivalent végétarien, un niveau bien supérieur à celui observé en 2020 (7,3%).

 

♦ L’Énergie : des dépenses contraintes devenues insoutenables pour une part croissante des ménages du fait d’une hausse des prix de l’énergie sans précédent depuis 2017 : en 2023, 3,1 millions de ménages, soit 10% de la population, sont en situation de précarité  énergétique selon l’Observatoire national de la précarité énergétique.  Sans les dispositifs publics de soutien (bouclier tarifaire et chèques énergie), la précarité énergétique aurait atteint 18% des ménages.

Noter que le chauffage fait encore souvent office de variable d’ajustement, avec des conséquences directes sur l’état du logement et la santé de ses résidents, notamment les habitants des territoires ruraux et périurbains. En milieu rural, 48,5% des logements sont chauffés au fioul ou au bois, contre seulement 13,5% en milieu urbain. Près de 80% des logements ruraux comptent 4 pièces ou plus, contre la moitié en zone urbaine et un logement sur 5 date d’avant 1919, soit deux fois plus qu’en milieu urbain.

 

Par ailleurs, le nombre d’interventions pour impayés (coupures d’électricité et de gaz, limitations de puissance) a atteint 1,2 million en 2025, en augmentation de 20% par rapport à l’année précédente. Si les coupures « sèches » d’électricité ont diminué de 30%, passant de 203 767 en 2024 à 143 625 en 2025, c’est parce que les fournisseurs ont privilégié les limitations de puissance, une mesure moins brutale, mais qui traduit des difficultés persistantes : leur nombre a été multiplié par 3,5 entre 2019 et 2025, passant de 274 000 à près de 948 000.

 

♦ La mobilité : selon l’Observatoire de la précarité énergétique, 15 millions de personnes étaient en situation de précarité en matière de mobilité en 2023. Le prix des carburants a suivi une trajectoire erratique depuis 2017.

 

Noter que les parents interrogés considèrent que les dépenses pour le bien-être de leurs enfants ne sont pas arbitrables. 

⇒ Quelles populations sont concernées par le décrochage de leur pouvoir d’achat

♦ Un décalage entre la progression des salaires et celle du pouvoir d’achat.

Le salaire moyen par tête réel se situe, au troisième trimestre 2025, à un indice d’environ 97, soit une perte de l’ordre de 3% par rapport au début 2017, alors que selon l’Insee, la progression cumulée du pouvoir d’achat de l’ensemble des ménages a été de 8,6% par habitant. Le Smic réel, qui bénéficie de mécanismes d’indexation automatique sur l’inflation, s’établit aux alentours de 99, en quasi-stagnation. Ce n’est donc pas le salaire des Français qui a progressé, mais la masse des revenus, notamment financiers.

 

♦ Les analyses en matière de niveau de vie révèlent un déclassement des ménages les plus modestes.

En 2023, le niveau de vie annuel médian s’établit à 25 760€ par unité de consommation, soit 2 150€ mensuels pour une personne seule et progresse de 0,9% en euros constants, dans un contexte où l’inflation reste élevée (4,9% en moyenne annuelle). Cette hausse est soutenue par les revalorisations successives du SMIC (+ 5,4% en € courants sur l’année), la bonne tenue de l’emploi salarié (110 000 créations nettes) et le dynamisme des revenus financiers . Toutefois, cette performance globale recouvre des trajectoires radicalement divergentes selon la position dans la distribution des revenus.

 

Les deux premiers déciles (D1 et D2) enregistrent en 2023 une contraction de leur niveau de vie en € constants (−1% pour le premier décile, c’est-à-dire les ménages dont le revenu compte parmi les 10% les plus modestes). À l’opposé, le neuvième décile progresse de 2,1%, principalement par l’augmentation des revenus financiers (placements, assurance-vie, livrets réglementés), dont les taux de rendement ont été portés par la remontée des taux d’intérêt. La dernière phase de l’exonération de la taxe d’habitation, qui a concerné en 2023 les 20% de foyers les plus aisés, a apporté un gain complémentaire.

 

Le mouvement simultané de recul des bas niveaux de vie et de progression des hauts niveaux de vie accroît fortement les inégalités. Les 20% les plus modestes ne perçoivent plus que 8,5% de la masse totale des revenus, contre 38,5% pour les 20% les plus aisés.  

Le taux de pauvreté monétaire s’établit à 15,4% en 2023, contre 14,4% en 2022, son niveau le plus élevé depuis le début 1996, avec 9,8 millions de personnes (650 000 de plus qu’en 2022), sous le seuil de pauvreté, fixé à 1 288€ mensuels pour une personne seule. Les familles monoparentales sont les catégories les plus touchées par cette dégradation.

 

♦ Les ménages modestes sont davantage contraints par la hausse des prix sur la période 2017-2022.

Les principaux postes du panier alimentation, logement et transport représentaient en 2022 environ 77% du revenu disponible des ménages du premier décile (10% les plus modestes), mais moins de 20% du revenu disponible des ménages du dixième décile (10% les plus riches). Cette disproportion fondamentale explique mécaniquement pourquoi toute hausse des prix sur ces postes affecte bien plus sévèrement les ménages modestes : leur marge de manœuvre pour substituer des dépenses ou arbitrer entre différents postes est quasi inexistante. A mesure que le décile de niveau de vie s’élève, la part des dépenses d’alimentation et de loyer décroît fortement dans le panier contraint, tandis que la part des dépenses liées à l’automobile – achat de véhicule, carburant, entretien – augmente. Pour les plus pauvres, la hausse du panier correspond à 13% de leurs ressources, contre moins de 5% pour les plus riches.

 

L’impact redistributif asymétrique des réformes socio-fiscales 2017‑2022 apporte un gain moyen de 1,9% du niveau de vie, mais , les gains n’ont été que de 0,8% pour les plus modestes, contre 3,3% pour les plus aisés. Seuls 33% des ménages du premier décile ont été gagnants nets des réformes, contre 81% dans le dernier décile.

 

♦ La crise inflationniste de 2022-2023 a accentué les vulnérabilités préexistantes, en particulier pour les ménages des espaces ruraux et périurbains fortement dépendants de l’automobile et de sources d’énergie fossile pour le chauffage. Les EPCI  (Établissements publics de coopération intercommunale) affichant les niveaux de vie médians les plus faibles (entre 15 000 et 19 000€ annuels en 2021) se concentrent principalement dans les départements et régions d’outre-mer, les Hauts-de-France et l’Occitanie, alors qu’à  l’inverse, les niveaux de vie les plus élevés (au-delà de 30 000€) se trouvent principalement dans les EPCI proches de la frontière suisse et en région parisienne.

 

♦ 3 types de famille sont surexposés :

Les familles monoparentales constituent le groupe le plus fragile (début 2023, 30% des personnes vivant dans une famille monoparentale se trouvaient en situation de privation matérielle et sociale).

– Les étudiants dont les revenus sont souvent inférieurs au seuil de pauvreté en l’absence d’aide familiale et les placent dans une extrême fragilité face à des loyers en hausse et des prix alimentaires qui ont progressé de plus de 22% entre 2021 et 2025.

– Les familles nombreuses (couples avec au moins trois enfants) où plus de 20% déclarent des difficultés à finir le mois ou être en privation matérielle et sociale, début 2025 ; pour ces ménages, le panier alimentaire peut représenter jusqu’à 40% du budget total, contre 20% pour un ménage à revenus plus élevés.

⇒ Comment ces populations s’adaptent ?

♦ L’inflation a profondément modifié les comportements d’achat des Français. Selon l’institut CSA, 54% d’entre eux déclarent faire « particulièrement attention aux prix des produits qu’ils achètent ». Cette vigilance accrue se traduit par une recherche systématique des promotions, un recours croissant aux comparateurs en ligne, une multiplication des achats sur des plateformes à bas coûts et une sensibilité exacerbée aux offres jugées avantageuses.

 

♦ Pour de nombreux ménages, le recours au crédit à la consommation (selon l’institut CSA, 42% des Français déclarent en février 2026 avoir au moins un crédit à la consommation en cours) ne relève pas d’un choix de confort mais d’une nécessité ; une proportion en forte hausse, puisqu’elle était stable autour de 30% jusqu’en 2023. Ce recours est particulièrement répandu chez les moins de 35 ans (55%), les actifs (50%) et les résidents d’Île-de-France (49%).

 

Si pour une majorité d’emprunteurs le remboursement des mensualités ne pose pas de difficulté déclarée (81%), le surendettement touche une partie non négligeable de la population. La Banque de France relève que 95% des personnes déposant un dossier de surendettement déclarent avoir tenté de réduire leurs dépenses avant d’en arriver là (suivi de leur budget au jour le jour, tentative de trouver des arrangements avec leurs créanciers) ; le crédit intervient alors comme un palliatif.

 

Selon la Banque de France en 2025, 148 013 dossiers de surendettement ont été déposés, en hausse de 9,8% sur un an, après une hausse déjà marquée de 10,8% en 2024. Près de trois quarts des dossiers de surendettement comportent au moins une dette de crédit à la consommation, pour un encours total de 2,2Md€, soit 44% de l’endettement global.

Le profil des personnes surendettées : majoritairement des femmes (55%), des personnes seules (52%) ou des familles monoparentales (21%, contre 10% dans la population générale). Elles vivent très majoritairement sous le seuil de pauvreté : 62% des surendettés en 2025, contre 15% dans l’ensemble de la population. Leur niveau de vie médian n’atteint que 1 206€ (1/4 de leurs revenus provient de prestations sociales).

La part des jeunes de 18 à 29 ans y a plus que doublé en trois ans, passant de 5% en 2022 à 12% en 2025. 

⇒ Les données statistiques ne coïncident pas avec un vécu durablement dégradé.

♦ L’indicateur synthétique de confiance des ménages de l’Insee offre une mesure, directe et de longue série, du ressenti. En septembre 2025, cet indice s’est établi à 87, soit un niveau demeurant depuis plusieurs années largement au-dessous de sa moyenne de longue période (de 100). L’indice s’est de surcroît maintenu durablement à des niveaux bas tout au long de 2022 et 2023, témoignant d’une détérioration profonde et persistante du jugement des ménages sur leur situation économique, qui dépasse la simple réaction conjoncturelle.

 

Par ailleurs, l’Insee recense, dans ses enquêtes annuelles sur les conditions de vie des ménages, une montée des privations matérielles et sociales, les augmentations les plus notables concernant l’impossibilité de maintenir son logement à bonne température, la réduction de la consommation de protéines animales, et le fait de ne pas pouvoir partir en vacances une semaine par an. 

 

♦ Au-delà des indicateurs d’opinion, les données de consommation effectives confirment la réalité matérielle de cette dégradation. La consommation des ménages en biens, mesurée en volume par l’Insee, a enregistré une baisse prolongée au cœur de la crise inflationniste (-1,3% en mars 2022, – 1,9% sur l’ensemble du 4éme trimestre 2022, – 2,4% en mars 2023 pour la seule composante alimentaire). Dans la dernière note publiée par l’Insee à ce sujet, après un léger rebond en septembre 2025, la consommation des ménages en biens diminue de nouveau en décembre 2025. 

 

Pour en savoir davantage : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/actualites-accueil-hub/l-evolution-du-pouvoir-d-achat-en-france-depuis-2017-au-regard-des-indicateurs-de-prix-et-de-consommation-examen-du-rapport-d-information