Connaitre les porteurs de projet en création d’entreprise pour mieux les accompagner.


« Qui sont les entrepreneur·e·s d’aujourd’hui ? », L’ObSoCo, BGE  2025 Volet N°2

Méthodologie : échantillon de 9 914 personnes représentatives des porteurs de projets inscrits au programme d’accompagnement BGE entre 2018 et 2024 ; 8 416 qui ont répondu à l’intégralité du questionnaire.

La représentativité de l’échantillon a été construite par la mise en place de quotas sur les critères suivants : âge, genre, région de résidence, niveau de diplôme, situation professionnelle, année de participation aux programmes BGE, création d’entreprise à l’issue du passage chez BGE et statut de l’entreprise créée. Les données ont été redressées sur l’ensemble des variables « quotas » afin de pallier les écarts résiduels entre la structure de l’échantillon et celle de la population des porteurs de projets qui participent au programme BGE d’appui aux entrepreneurs.

 

Les porteurs de projet accompagnés par BGE pour créer leur entreprise sont 1/3 à l’avoir fait, même si pour la plupart pérenniser leur entreprise n’a pas été chose facile, alors que 36% y ont renoncé et que les 31% autres sont encore dans l’expectative.

⇒ Quelques éléments de profil des porteurs de projet à la création accompagnés par BGE Réseau.

Cette approche permet de situer qui ils sont, et quels résultats sont obtenus.

 

♦ 78% sont demandeurs d’emploi (vs 25,5% en France) ; 62% gagnaient moins de 1 499€ par mois (un peu mieux que le seuil de pauvreté, 1 288€ par personne et par mois) et 11% 2 500€ et plus. 55% sont des femmes (en France, 43%).

« BGE porte une mission d’intérêt général et près de 50% de son public se trouve dans des situations professionnelles complexes »

 

♦ Leur principale motivation à entreprendre (choix de citer 3 motivations) est souvent commune à l’ensemble des créateurs : 

– Sous l’angle dynamique entrepreneuriale, la motivation la plus essentielle : être indépendant (67%), sortir de la routine (32), éviter le salariat (21),

– Sous l’angle amélioration de sa vie : augmenter ses revenus (22), créer son emploi (15),

– Sous l’angle économique : vendre un produit auquel ils tiennent (26), saisir une opportunité, une intuition d’un marché existant (20), créer des services où il en manque (15),

– Sous l’angle éthique sociétale : résoudre des problèmes de la société / être utile aux autres (17), prendre soin des autres (14), créer des emplois (5), lutter contre le gaspillage (4), agir pour le climat (3), et agir pour l’équité sociale (3).

 

♦ Les difficultés rencontrées, largement la clientèle et son développement :

– La clientèle : la recherche et la fidélisation de la clientèle (34%) et les caractéristiques du secteur (peu porteur, saisonnier, très concurrentiel) avec 13%

– La conjoncture (21),

– La règlementation et les contraintes administratives (18),

– le financement (7),

– Des problèmes liés au chef d’entreprise : santé, problème personnel (7), le stress (5), la maitrise des fonctions de dirigeant (4).

 

♦ A l’issu de l’accompagnement, et hors les inactifs, les chômeurs (78%) ne seront plus que 31% (dont 16 de longue durée) ; les actifs qui étaient 21% deviennent 69% dont 40% chefs d’entreprise et 29% salariés (dont 21 en CDI).

 

En 2014, 68% des entrepreneurs considéraient BGE comme fortement ou très fortement déterminant pour la création de leur entreprise. Quelle qu’en soit l’issue, 93% des participants aux programmes BGE considèrent que l’expérience de la création d’entreprise a été bonne et 90% déclarent que si c’était à refaire, ils le referaient.

 

Une typologie en 7 familles.

L’approche en 7 familles montre l’importance de l’accompagnement dans la durée, pour explorer la capacité concrète des porteurs de projet à créer leur entreprise ; celui-ci conduit soit à ce qu’ils s’engagent dans la création de leur entreprise, soit à se repositionner dans le salariat, soit à poursuivre de murir le projet.

⇒ 4 familles ont créé (1/3 des personnes accompagnées) :

♦ Profil de celles et ceux qui ont créé :

En termes de caractéristiques personnelles :  34% des femmes et 33% des hommes ; 37% les 35-44 ans, 33% les + de 55 ans, 18% les 18-24 ans  et 12% les 25-34 ans ; 80% sont de niveau bac +2 et au-delà (dont 44% bac +4 et au-delà) et 20% en deçà du bac ; par ailleurs, 45% ont moins de 5 ans d’expérience professionnelle, 21% entre 6 et 10 ans et 36% davantage.

 

35% des créateurs ont été heurtés par un problème de santé significatif pendant leur vie d’entrepreneur : 22% avec des difficultés physiques, 19% des difficultés psychologiques (dépression, burnout, addiction, troubles psychiques). Plus un entrepreneur a de l’expérience dans son secteur, moins il est sujet à des difficultés psychologiques : 25% 1 à 2 ans d’expérience, 14% 16 à 20 ans d’expérience et 9% au-delà.

 

♦ En ce qui concerne l’entreprise créée :

– 78% ont créé en entreprise individuelle et 22% en société (proches de la moyenne France),

– 58% ont créé dans les services, 23% dans l’industrie, l’artisanat et le BTP et 15% dans le commerce/HCR,

– 67% ont une clientèle locale, 38% régionale, 32% nationale ; 60% sont en B to C, 40% en B to B (surtout des entreprises),

– Ceux qui ont contracté un prêt bancaire : 58% au moins 20K€ de prêt (dont 29% au-delà de 50K€), mais 22% moins de 10K€ et 20% de 10 à 20K€.

 

– Le chiffre d’affaires moyen est de 60K€ ; le chiffre d’affaires augmente de façon régulière avec le temps ; il faut environ 2 ans pour stabiliser le modèle économique et environ 4 ans pour envisager une stratégie de développement : 1ére année 27 304€, 2éme année 39 130€, 3éme année 50 829, 4éme année 58 291€, 5 et 6émes années 76 à 84 000€, 7éme année 103 000€.

Ont plus de 100 k€ de CA : ceux du BTP, du transport-logistique, du commerce, des HCR, de l’immobilier ; ont entre 60 et 70 k€ : ceux de l’industrie et de l’artisanat ; entre 50 et 60 k€ : ceux dans l’informatique/web/télécom, l’assurance-finance, les services aux entreprises, les services à la personne, les activités liées à la transition écologique ; et moins de 40 k€ : ceux dans les activités de bien-être.

 

– L’emploi : 77% n’ont pas de salarié, 12% un seul, 4% 2 salariés, 8% 3 salariés et plus, mais 39% s’inscrivent dans des stratégies de coopération (8% fréquemment, 31% parfois) qui sont porteurs de logiques de développement (réponse à des marchés publics, hausse des commandes et accroissement des zones de chalandise).

 

♦ 4 familles de porteurs de projet accompagnés ont créé :

– Ceux qui ont le mieux réussi : les « certains » (11% des répondants et 35% de ceux ayant crée) avec le chiffre d’affaires moyen le plus élevé (71 800€) ; pour 53% faire perdurer leur affaire a été relativement simple ; ce qui conduit à cette réussite, c’est leur capacité de rebond, leur agilité, leur aptitude à saisir les opportunités plus que leur expérience antérieure en termes d’entrepreneuriat ou de gestion, leur âge..

La proposition d’accompagnement vise à les aider à développer leur entreprise (vérifier leur trajectoire, repérer les écueils, trouver les ressources et les réseaux avec qui coopérer…).

 

– 2 sous-groupes proches plus incertains dans la poursuite de leur projet :

* Les incertains (7% et 20) inquiets quant à l’issue de leur projet (le groupe le plus âgé) mais un chiffre d’affaires moyen de 50 800€ et un jugement plus favorable sur la complexité pour faire perdurer l’entreprise (58%) ; sans doute sont-ils plus prudents et plutôt expérimentés.

L’accompagnement proposé est de les rassurer en repérant les points forts à développer et en les reliant avec des clubs d’entrepreneur pour rompre leur isolement et leur donner confiance. Ils ne seront sans doute pas des développeurs mais des dirigeants faisant choix de la vitesse de croisière (palier à atteindre et à maintenir ?).

 

*les « optimistes » (13% et 40) connaissent des débuts difficiles (69% jugent complexe de faire perdurer leur affaire et un chiffre d’affaires moyen plus faible de 40 500€), mais ils sont confiants dans leur projet (le groupe le plus jeune et plus souvent diplômé du supérieur) ; ne seraient-ils pas assez déconnectés des réalités de la gestion d’une entreprise, et plutôt inexpérimentés tout en étant confiants dans leur capacité de réussite ?

L’accompagnement proposé est de les aider à « factualiser » leur situation (bien cerner ce qu’il leur est possible réellement de faire), voire les aider à songer à un retour au salariat

 

– Les « déçus » (2%, et 5) : de fait, ils tombent de haut avec quasiment tous (96%) la grande difficulté de faire perdurer leur entreprise et le plus faible chiffre d’affaires (35 500€) ; ils avaient le plus créé sous le statut de société et sont surreprésentés chez les célibataires sans enfants.

L’accompagnement proposé est le retour au salariat en tirant au mieux profit de ce qu’ils ont appris comme chef d’entreprise.

 

Ce qui me parait discriminant dans ces 4 groupes, c’est la difficulté à faire perdurer l’entreprise (38% plutôt simple, 62% complexe dont très 17) ; cela s’observe dans la réussite déjà engrangée avec le niveau de chiffre d’affaires (plus il est élevé, plus la complexité de faire durer l’entreprise est faible).

Par contre le fait de créer de l’emploi ou d’envisager de le faire ne parait que peu discriminant ; le fait de s’associer l’est un peu plus, allant de 44% aux plus développeurs à 34% à ceux qui le sont moins (reste à connaitre la réalité de cette association) ; il en est de même du montant du prêt bancaire (entre 61K€ et 45,5€).

⇒ N’y sont pas allés :

♦ Les « non merci » (36% des répondants et 53% de ceux qui n’ont pas créé), le groupe le plus nombreux. C’est le groupe le moins motivé et en sortie de sa zone de confort. Le choix d’abandonner est pertinent.

L’accompagnement proposé est de tirer profit de cette expérience pour l’utiliser dans leur retour à l’emploi

 

♦ 2 autres groupes sont proches :

– Les « j’y suis presque » (16% et 24) : 83% disent qu’ils fonderont leur entreprise dans les 5 ans, mais ils ne sont pas prêts à faire ce saut, même s’ils en ont envie (une surreprésentation de ménages à bas revenu peut expliquer ce décalage).

L’accompagnement vise à rester à leur coté pour les aider à sécuriser leur décision, voire à surseoir (faute de moyens financiers et relationnels, à moins de trouver un créneau compatible et peu gourmand en capitaux).

 

– Les « ni oui, ni non » (15% et 23) : le projet est en construction (34%) ou en pause (25%) ; on trouve dans ce groupe une surreprésentation de femmes, en questionnement et réagissant mal au stress.

L’accompagnement vise à sécuriser, à avancer dans la prise de décision, à mettre en relation avec d’autres femmes qui ont osé ?

 

Pour en savoir davantage : https://www.bge.asso.fr/decouvrir-bge/qui-sont-les-entrepreneurs-daujourdhui-volet-2/