Pérennité des entreprises nouvelles et impact sur l’emploi


"Provence-Alpes-Côte d’Azur : un fort dynamisme entrepreneurial qui se confirme au bout de 5 ans", Insee Analyses Paca, N°48, juin 2017

Exploitation de l’enquête Sine 2010, créations à 5 ans dans la région Paca.

J’ai jugé bon de faire connaitre ce travail « territorial » dans la mesure où l’on dispose de peu d’information sur la pérennité des créations d’entreprise, qui plus est très travaillé en utilisant au mieux les données de Sine avec une comparaison France et ses régions.

 

Les 3 régions méditerranéennes, Paca, Occitanie et Corse font preuve d’un dynamisme entrepreneurial très élevé; seule l’Île-de-France connaît un nombre équivalent de créations d’entreprises rapportées au nombre d’habitants: ce sont 58 créations pour 10 000 habitants (hors micro-entrepreneurs) en Paca en 2010, contre 36 en moyenne « province ». Le constat est identique, rapporté à la population active : pour 10 000  actifs, 132 entreprises ont été créées en 2010 dans la région contre 86 pour l’ensemble des régions . Ce dynamisme ne provient pas d’un profil particulier des créateurs d’entreprise de la région, ni de la répartition par secteurs d’activité, ni même de spécificité régionale sur des facteurs structurels comme la fréquence des créations successives pour les entrepreneurs, leur âge ou leur sexe, leur situation familiale, les moyens financiers qu’ils engagent; il est simplement le fait historique d’implantations plus nombreuses du fait d’un présence industrielle bien plus modeste.

La contrepartie est une fragilité plus grande des jeunes entreprises : parmi celles créées en 2010, 55% étaient encore actives en 2015 contre 60% en moyenne nationale.

La pérennité est plus faible comparée à la France dans quasiment toutes les activités, sauf la construction et les activités immobilières :

Malgré cette moindre pérennité des entreprises de la région, le solde reste positif. Parmi les 132 entreprises créées pour 10 000 actifs en 2010 en Provence-Alpes-Côte d’Azur, 73 sont toujours actives en 2015, beaucoup plus que les 52 en moyenne pour la France métropolitaine.

 

La pérennité est largement influencée :

par le profil du créateur :  les créateurs de plus de 50 ans sont plus fréquemment concernés par la cessation de leur entreprise que les créateurs âgés de 30 à 49 ans; la vie en couple du créateur semble stabiliser les projets et favoriser la pérennité de l’entreprise.

Le capital culturel du créateur : l’inscription dans un réseau de clients ou de fournisseurs ayant encouragé et appuyé la création et l’expérience antérieure du créateur dans la profession et l’expérience professionnelle antérieure.

-Le type de projet : l’ampleur du projet au démarrage semble être un gage de sa bonne préparation ; plus les moyens engagés lors de la création sont importants, plus la poursuite de l’activité au-delà des 5 premières années est probable ; en corollaire, les entreprises comportant des salariés dès leur création ont des chances largement accrues de passer le cap des 5 ans

les conditions de la création : une entreprise individuelle est moins pérenne qu’une société.

 

L’apport à l’emploi

Les entreprises créées en 2010 comptent au démarrage 21 612 emplois salariés et non salariés. 5 ans plus tard, les entreprises toujours en vie n’emploient plus que 18 614 personnes. Au bout de 3 ans, le nombre d’emplois salariés a fortement augmenté, compensant les pertes d’emplois liées aux cessations d’activité; entre 3 et 5 ans d’activité, l’emploi salarié des entreprises pérennes n’augmente que modérément et ne suffit plus à compenser les disparitions  d’emplois consécutives aux cessations.

Parmi les entreprises pérennes, 41% ont un salarié ou plus en 2015 contre seulement 18 % lors du démarrage; l’emploi salarié a augmenté dans 34% des entreprises pérennes et a diminué dans seulement 5% d’entre elles; 3% d’entre elles emploient 10 salariés ou plus 5 ans après leur création.

Noter que les entreprises artisanales sont 33-35% de l’emploi total et 29-31% des salariés au démarrage, 3 et 5 ans après; en raison d’un taux de pérennité moyen plus faible, elles concentrent la moitié de la baisse de l’emploi total (de 7 600 à 6 100); pour autant, leurs effectifs salariés doublent au cours de la période (de 1 800 à 3 600) et, contrairement aux entreprises non artisanales, continuent de progresser entre 2013 et 2015.

L’emploi salarié a 5 ans progresse le plus dans les activités où les entreprises cessent le plus (commerce et réparation auto, construction et services aux entreprises)

 

Comparé aux générations Sine 2010 et 2006, 2010 a connu une situation moins favorable pour le développement du salariat (à 5 ans 2,43 fois plus de salarié qu’au démarrage contre 1,85 en 2010), mais plus favorable qu’en 2002 (1,85 contre 1,16).

5 après la création, 74% sont optimistes (contre 68% à 3 ans) : 47% veulent maintenir leur activité et 27% la développer, alors que 10% déclarent devoir redresser une situation difficile. t. Et même s’ils sont peu nombreux à envisager d’embaucher, très peu des entrepreneurs employeurs envisagent de licencier (5%). Les artisans se projettent de manière similaire. Ils sont un peu plus nombreux à souhaiter maintenir leur niveau d’activité (51%) et un peu moins nombreux à vouloir la développer (23%).

 

Près de quatre entreprises sur cinq ont investi entre 2010 et 2015, plus d’une sur trois à la fois entre 2010 et 2013 et entre 2013 et 2015. Au cours des deux périodes, les investissements portent sur des achats de matériel nécessaire à la production de biens ou de services et des achats de matériel bureautique; au cours de la 1ére période, l’installation est privilégiée (1/3 ont acheté des locaux et des terrains); au cours de la 2éme période, les investissements se sont plus portés vers l’achat de véhicules à usage professionnel (20%); en revanche, les investissements immatériels (brevet, parts sociales, formations …) sont très rares.

Le comportement des artisans ne se distingue pas de celui de l’ensemble des entreprises.

 

5 ans après le démarrage, 86% déclarent utiliser Internet, essentiellement pour des fonctions courantes et 41% disposer d’un site internet dans le cadre de leur activité, en légère progression par rapport à 2010 (33%). En moyenne, un peu plus d’un créateur d’entreprise sur trois recourt aux réseaux sociaux, mais autour de la moitié pour les HCR, le commerce, réparation d’automobiles  et l’ information-communication.