L’implication sociétale des chefs de nouvelles entreprises.


"À quoi sert l’entrepreneuriat ? ", Fondation Entreprendre/Opinion Way, mars 2025

Méthodologie : sondage Opinion Way des représentations de l’entrepreneuriat  auprès de 3 populations : 527 entrepreneurs (ayant créé une entreprise il y a moins de 6 ans), 1014 Français âgés de 18 ans ou plus, et 95 associations de l’accompagnement entrepreneurial. L’interrogation a eu lieu entre le 6 décembre 2024 et le 11 février 2025.

Le profil des entrepreneurs répondants : des hommes (60%) : 31% des chefs d’entreprise ont moins de 30 ans, 31% de 30 à 39 ans, 20% 40-49 ans et 18% 50 ans et plus ; 68% sont diplômés du supérieur dont 50% en licence et au-delà ; 10% sont localisés en milieu rural, 16% dans des villes de moins de 20 000 habitants, 15% dans des villes entre 20 et 50 000 habitants et 59% dans des villes de plus de 100 000 habitants (dont 27 en région Parisienne).

Le profil des réseaux en termes de taille : 22% ont moins de 50 salariés, 37% de 50 à 500 salariés et 41% 500 salariés et plus. Aucune information ne permet d’appréhender qui sont ces réseaux ; or leur objectif et cible risquent beaucoup de différer (exemple le décalage entre des réseaux en charge d’accompagner la création et le développement d’entreprises nouvelles et des réseaux issus de collectivités territoriales, plutôt en charge du développement local). 

Les associations manifestent une nette préférence pour le développement local et sa préservation et peu ce qui fait le développement des entreprises. 

 

Plutôt que de rendre compte du livre blanc publié fin 2025, qui commente les résultats d’un baromètre publié en mars 2025, Je privilégierais ce que ce baromètre exprime, les résultats étant beaucoup plus complets que ceux publiés dans le livre blanc .

 

Ce travail permet de comparer les opinions des chefs d’entreprise, du grand public et des réseaux d’association notamment sur le rôle d’un entrepreneur, son implication dans la société et ses besoins.

⇒ L’entrepreneuriat, quelle représentation, quel rôle l’entreprise ?

♦ La notion d’entrepreneuriat.

Les associations sont beaucoup plus sensibles à l’esprit entrepreneurial que les entrepreneurs et que le grand public. En effet, elles considèrent qu’entrent dans le concept entrepreneuriat autant les créations d’entreprise ou le fait de travailler à son compte (tout comme le font les entrepreneurs), que  la coopérative, l’intrapreneuriat, l’association employeuse, la fondation, et même le projet citoyen.

Les associations sont ainsi nombreuses à faire de l’élargissement du cadre de l’entrepreneuriat au-delà de la limite des entreprises commerciales une priorité. Près de deux tiers auront cet enjeu au cœur de leurs actions dans un avenir proche.

 

♦ Le rôle des entreprises.

Alors que les entrepreneurs sont plus attachés au rôle économique, les associations citent davantage l’impact local et communautaire, et les Français la création d’emploi.

De fait, les chefs d’entreprise sont plus soucieux d’autonomie, et de création de richesse que ne le sont les associations ou le grand public plus porté vers le développement personnel du dirigeant et de son équipe, et vers la création d’emploi, reflet notamment de leurs attentes en tant que salarié. il en est de même de leur rôle dans l’éco-systéme entrepreneurial. En fait chefs d’entreprise et grand public apparaissent assez proches.

Par contre les associations sont bien plus préoccupés du rôle sociétal des entreprises (contribution au développement local, justice sociale et environnementale), ce qui me pose la question de l’identité de ces réseaux, et moins par exemple celui de la promotion de l’innovation ou de la conquête de marchés nouveaux, qui est pourtant une clé de la dynamique locale.

 

 

♦ Les priorités des entreprises selon les 3 groupes interrogés.

Les entrepreneurs pour cette question sont plutôt proches du grand public mais plutôt éloigné des associations.

2 priorités principales émergent, celle de la croissance du chiffre d’affaires (56 vs 41 pour le grand public et 13 pour les associations) et celle de la pérennité de l’entreprise où les 3 acteurs sont trés concernés (46, 59 et 70 pour les associations).

Suivent 5 items assez proches en termes d’intensité chez les chefs d’entreprise (entre 18 et 30%), alors que ces items sont plus présents pour les associations (pour 3 d’entre eux entre 52 et 74%) : la fidélisation et le bien-être des salariés (30, 49 et 4 pour les associations), la création d’emploi (27, 39 et 17), l’impact social (26, 24 et 52 pour les associations), l’impact écologique (22, 24 et 74); l’impact territorial (18, 16, 57).

⇒ L’impact des entreprises sur les territoires et dans la société.

♦ Vers qui ces acteurs se tournent-ils localement ?

Les chefs d’entreprise se tournent bien plus vers leurs partenaires naturels que sont les CCI, les autres entrepreneurs, voire d’autres associations, alors que les associations interrogées privilégient les collectivités territoriales, même si leurs intentions se préoccupent à terme de ces acteurs plus sollicités par les chefs d’entreprise.

 

♦ La coopération et action territoriale.

Les Français sont plus attachés à l’ancrage des entreprises sur le territoire que les entrepreneurs eux-mêmes.

71% (dont 27 très) des chefs d’entreprise se disent ancrés sur leur territoire, notamment les employeurs (les 6 à 19 salariés 91% ). 
89% du grand public estime qu’ils doivent être ancrés (dont très 31).

Pour les associations, l’ancrage est au cœur de toutes leurs actions (88% dont 62 tout à fait) et devrait l’être plus encore dans les 5 ans (96% dont 70).

 

Le niveau d’implication des acteurs locaux : les citoyens (59% selon les chefs d’entreprise et 62 selon les associations) la collectivité territoriale (60 vs 85), la chambre de commerce (58 vs 37) et les autres associations et réseaux  (56 vs 88). 

♦ Les chefs d’entreprise estiment que leur impact est positif :

– En direction des personnes de leur écosystème (76% dont significatif 24) ; 83% souhaitent l’améliorer (dont 34 tout à fait),

– En direction de la société dans son ensemble (69% dont 28) ; 82% souhaitent l’améliorer (dont 32 tout à fait), davantage ceux qui ont des salariés (89%) ou sont localisés dans l’agglomération parisienne (93%),

– En direction de l’économique (66% dont 43) ; 83% souhaitent l’améliorer (dont 34 tout à fait), mais 76% ceux qui ont des salariés.

– En direction de l’environnemental (51% dont 22), notamment ceux de la construction (79%), de l’Industrie (66%) et ceux qui ont des salariés (62%) ; 76% souhaitent l’améliorer (dont 36 tout à fait), notamment ceux de la construction (92%) et ceux qui ont des salariés (85%). ce sont sur les enjeux environnementaux à 2030 que la marge de progression est la plus forte.

 

Selon le grand public, 55% des entreprises jouent un rôle aujourd’hui pour résoudre les problèmes environnementaux (changement climatique, biodiversité, énergies renouvelables, etc.) ; il est jugé essentiel par 13%. Demain pour résoudre les problèmes environnementaux, 68% devraient s’y atteler, dont 17% ceux qui jugent ce rôle essentiel.

 

91% (dont 53 tout à fait) des associations intègrent déjà les enjeux sociétaux et environnementaux dans leurs actions, et prévoient de les augmenter dans les 5 ans à venir.

⇒ Le rôle et l’impact au sein des entreprises pour leur développement.

♦ L’entrepreneur adopte de nouveaux modèles socio-économiques durables (économie circulaire, régénérative, bioéconomie, etc.), et de nouveaux modèles de gouvernance ou de partage de la valeur.

– Le processus de décision stratégique dans les entreprises employeuses est majoritairement descendant : il est directif dans 43% des entreprises (60% dans l’industrie/BTP mais 23% chez les 10-19 salariés), consultatif (certains collaborateurs sont consultés pour avis avant prise de décision) dans 46% des entreprises et collaboratif (les décisions sont prises au niveau des personnes compétentes, sans que la direction soit toujours impliquée) dans 11% des cas.

En ce qui concerne le processus de décision opérationnelle, la répartition est la suivante : 39% directif, 44% consultatif (67% les 50 ans et plus) et collaboratif (17%).

Les membres actifs de la gouvernance sont les chefs d’entreprise (51%), puis les employés (39), les managers d’équipe (33), les actionnaires (28), le conseil d’administration (23, mais 43 chez les 10 à 19 salariés), des parties prenantes externes (15), des membres du Codir (12).

 

– Si la RSE est peu au cœur de la stratégie globale (18%), elle est tout de même plutôt intégrée par 39% des entreprises ; elle est donc présente dans 57% des entreprises (mais 78% chez les employeurs, 74 dans la construction, 73 chez les moins de 30 ans, 72 dans l’agglomération
parisienne et peu dans les moins de 20 000 habitants (35-42). Ne l’ont pas intégré les femmes chefs d’entreprise  (53%), les 50 ans et plus (60%).
Par contre la RSE est trés présente au sein des associations (78% au cœur de leur dispositif).

 

♦ 83% des entrepreneurs considèrent que l’entrepreneuriat devrait jouer un rôle demain pour résoudre les problèmes sociaux. D’ailleurs, 75% des jeunes entreprises mettent en place des politiques RH axées sur le bien-être au travail, le développement des compétences et l’égalité salariale. 

⇒ Difficultés, besoins et accompagnement.

♦ Les difficultés d’accès à la création/reprise : 55% (dont trés 9) des chefs d’entreprise jugent l’entrepreneuriat accessible (45 pour ceux qui travaillent seuls), vs 27% le grand public ; chez l’une et l’autre catégorie, ceux localisés dans l’agglomération parisienne sont toujours plus favorables (71% chez les chefs d’entreprise et 36 pour le grand public). 

L’enquête fait apparaitre 4 difficultés principales : le financement, la complexité des démarches administratives, la manque d’accompagnement et la crainte de l’échec ; ces difficultés propres à l’écosystème des petites entreprises sont citées par les 3 groupes, accentuées par les associations et la grand public. 

Par contre l’enquête interroge les difficultés personnelles par de nombreux items : tout d’abord celui de l’accompagnement (entre 30 et 38% selon les chefs d’entreprise), qu’il s’agisse de l’écosystème, du manque de réseau, de l’entourage ; l’enquête poursuit la recherche en interrogeant sur l’équilibre vie personnelle/vie professionnelle et l’absence de modèle (23%), ou ce qu’il en est de sa légitimité ou de la crainte du jugement social (17-20%).

Les associations sont pour leur part plus sensibles aux difficultés rencontrés par les chefs d’entreprise, alors que le grand public s’aligne sur les chefs d’entreprise.

 

♦ Les besoins.

– 4 besoins dominent chez les chef d’entreprise (entre 26 et 33%) : le financement (33), la stratégie de développement (32, 47 les 6-9 salariés), la stratégie commerciale (29), l’inclusion des outils numérique et de l’IA (26, mais 45 ceux de la tech et 39 les 10 salariés et plus).

Ils sont suivis (entre 12 et 20%), par 3 besoins d’insertion sociétale ; le lien avec les pouvoirs publics (20 mais 35 les 10 salariés et plus), l’impact social et environnemental (18) et la coopération territoriale (12) et 2 besoins sociétaux internes : la santé et le bien-être des salariés (16) et la recherche de modèles économiques durables (15).

 

♦ Quels sont les besoins selon les chefs d’entreprise, notamment pour jouer le rôle de catalyseur sur leur territoire ? Le partage d’expériences avec les pairs (41%), ce qui est notamment davantage souhaité par les jeunes, le besoin de référentiels communs (37%) et le besoin d’outils pratiques (31%). 

 

– En ce qui concerne les associations, leur priorité d’action est la recherche de notoriété (68) et les partenariats avec les autres acteurs (68) ; elles sont complétées par l souci d’augmenter le nombre d’entrepreneurs accompagnés (51) et la diversification des publics visés (32) et pour ce faire le développement de programmes spécifiques pour les secteurs émergents (34) et par ailleurs l’amélioration de la pédagogie déployée (48), la diversité des services offerts (34).

Mais 2 défis principaux freinent ces actions : l’accès aux financements (73) et le développement de partenariat stratégique (48) ; il faut y ajouter d’une part ce qui concerne leurs propres ressources humaines (recherche de personnel qualifié 28 et recrutement et formation de bénévoles 25) et par ailleurs faire face à la diversité des problématiques des entrepreneurs rencontrées (26) et à la hausse des entrepreneurs demandeurs (20).

 

♦ L’accompagnement.

51% (61% ceux qui ont des salariés) des entrepreneurs ont reçu un accompagnement pour la création de leur entreprise ; 64% des  50 ans et plus ne l’ont pas sollicité.

 

Le type d’appui apporté diffère : les associations estiment avoir nettement plus apporté dans la plupart des domaines d’intervention que ne le disent les chefs d’entreprise, des écarts souvent importants dont il faudrait creuser le pourquoi ?

Les écarts les plus importants concerne le sociétal et les approches plus stratégiques : les enjeux environnementaux et sociétaux, le développement du réseau, la stratégie, le business plan, le type d’appui comme le mentorat, alors que la classique gestion comptable et financière et le conseil juridique manifestent nettement moins d’écarts.

 

Dans la majorité des cas, l’accompagnement a eu un fort impact : 79% (96% les 10 salariés et plus) ont donné une note de 4 et 5 sur 5.

Pour 82% des associations, l’absence d’accompagnement est majoritairement due à une mauvaise identification des acteurs pouvant accompagner, 49% parce que les entrepreneurs ne les ont pas jugé nécessaire et 22% parce qu’ils n’ont pas trouvé d’accompagnement qui corresponde à leurs besoins ; seuls 11% n’avaient pas les moyens financiers pour les solliciter.

Par contre les entrepreneurs apportent beaucoup plus de nuances : si 35% ne l’avaient pas jugé nécessaire et 28% n’en avaient pas les moyens, 38% n’ont pas trouvé d’accompagnement qui corresponde à leurs besoins et 24% n’ont pas pu identifier les différents acteurs de l’accompagnement.

 

Pour en savoir davantage : https://www.fondation-entreprendre.org/wp-content/uploads/2025/11/FONDAT1.pdf