Méthodologie : une enquête nationale réalisée tous les deux ans par l’Ifop pour le compte de l’Observatoire de Bpifrance Création. Deux sondages sont réalisés :
– L’un pour approcher la population française : en ligne du 13 au 26 juin 2025 auprès d’un échantillon de 4 990 personnes représentatives de la population française de 18 ans et plus (méthode des quotas– sexe, âge, profession de la personne interrogée après stratification par région et catégorie d’agglomération),
– Le second par téléphone du 1 au 10 juillet 2025, auprès d’un échantillon de 501 personnes représentatives des résidents des Quartiers prioritaires de la Politique de la ville (QPV) âgés de 18 ans et plus.
La composition des personnes interrogées de moins de 30 ans n’est pas signalée dans l’étude ; idem pour les chefs d’entreprise (qui semblent trés présents dans les petits boulots), le grand flou chez les ex-chefs d’entreprise dont je crois comprendre qu’ils sont souvent à nouveau créateurs.
Je ne reprends pas par ailleurs les données sur la chaine entrepreneuriale dans la mesure où l’on y mesure mal les créateurs, notamment en microentreprise ou société, et ceux qui ont l’intention de créer sans différencier ceux qui sont en cours (à court terme dans les 2 ans et les autres). De fait dans ce groupe des porteurs de projet, 48% sont en cours de création, 20% ont créé et 34% ont reporté leur projet (3 populations fort différentes qui auraient mérité une analyse diversifiée), ce qui me conduit à ne pas exploiter ces données.
La différenciation entre les catégories chefs d’entreprise, intentionnistes et non impliqués conduit à mesurer leurs opinions, à la fois sur les motivations et sur les difficultés et craintes.
⇒ Le contexte : une représentation favorable de la situation de chef d’entreprise.
82% des jeunes (vs 76 les plus de 30 ans) estiment qu’être entrepreneur apporte de la reconnaissance et de la réussite sociale, et 76% des jeunes (vs 77 des 30 ans et plus) pensent que les personnes qui réussissent en affaires sont des modèles.
Mais 83% (vs82) disent aussi qu’être entrepreneur pèse sur la santé ; pour 66% (vs 44) cette situation peut être source de discrimination (notamment leur manque d’expertise ou de crédibilité).
Pourtant, 45% des jeunes (vs 26 des 30 ans et plus), estiment que le choix de carrière idéal est d’être à son compte. Cette proportion est en hausse quels que soient l’âge et leur envie ou non d’entreprendre.
6 sur 10 des jeunes (vs les 3/4 des 30 ans et plus) sont satisfaits de leur vie professionnelle actuelle, mais 67% (vs 43) se disent stressés.
75% (vs 60) affirment leur connaissance du monde des affaires, du management ou de la gestion d’entreprise et 87% leur aptitude à décider, à négocier et à présenter des résultats.
Les jeunes acceptent davantage l’échec dans une carrière professionnelle (79 vs 70) ainsi que la prise de risque (74 vs 54).
⇒ Quelques résultats globaux
“6 Français de moins de 30 ans sur 10 sont dans une dynamique entrepreneuriale”; elle est presque 2 fois plus élevée que celle des 30 ans et plus”, ce dont de nombreuses autres enquêtes témoignent, en ce qui concerne l’envie d’entreprendre.
1 jeune sur 10 envisage l’entrepreneuriat après un changement professionnel. Ils sont 2 fois moins nombreux lorsqu’ils ont dépassé la trentaine.
Initialement, les jeunes femmes ont autant d’intention voire plus de créer ou de reprendre une entreprise que les hommes du même âge (1sur 4 contre 1sur 5) ; mais au gré des âges et de l’avancement dans la concrétisation du projet entrepreneurial, la participation des femmes semble s’éroder.
En 2025, selon BPI 23% des jeunes sont chefs d’entreprise, 21 ex-chefs d’entreprise, 28 porteurs de projet (“personne ayant engagé des démarches pour créer ou reprendre une entreprise dans les 12 derniers mois et dont le projet a déjà abouti ou est en cours de réalisation”) et 23% intentionnistes (“personne envisageant de créer ou de reprendre une entreprise sans avoir encore engagé de démarches pour le faire”).
Par ailleurs, selon Sine 2022, 31% des créateurs avaient moins de 30 ans (38% les microentrepreneurs et 14% ceux en société) ; une information que l’on ne connait pas dans l’enquête Bpi.
⇒ Les chefs d’entreprise en activité
♦ Un chiffrement du nombre de chefs d’entreprise de moins de 30 ans.
“La France compte environ 9 millions de jeunes dont 1sur 4 est chef d’entreprise, ce qui représente 2 millions de jeunes chefs d’entreprise”.
Selon l’Urssaf en 2024, les non-salariés chiffrent 4,8 millions (92% des chefs d’entreprise). Les moins de 30 ans sont 818 000 soit 17% des non-salariés ; 690 000 sont des microentreprises (23,7% des microentreprises immatriculés), mais 358 000 actifs économiquement (et donc 18,2%) et 6,7% appartiennent à d’autres formes juridiques (127 000) ; au total, ils sont 818 000 immatriculés ou 485 000 chefs d’entreprise actifs, loin des 2 millions estimés par Bpifrance.
♦ Leurs motivations comparées à celles des 30 ans et plus.
Ils sont avant tout motivés par le souhait de réaliser un rêve (24% vs 20 les 30 ans et plus), moins par le fait d’être son propre patron, ne plus être salarié (18 vs 34), ou celui d’augmenter leurs revenus (20 vs 20) ou d’affronter de nouveaux défis (19 vs 17).
Plus que les 30 ans et plus, ils ont choisi de créer leur entreprise pour créer leur propre emploi ou celui d’un proche (22 vs 18), saisir une opportunité de création ou de reprise (15 vs 12), voire mettre en œuvre une idée nouvelle (13 vs10) ou changer de métier, faire autre chose (14 vs 13).
Par contre les 30 ans et plus sont davantage portés à exercer une activité conforme à leurs valeurs (20 vs13) ou pour qui c’est la seule possibilité pour exercer sa profession (13 vs 8), voire construire/reprendre un projet collectif ou familial (9 vs 7).
♦ Des difficultés surtout liées à l’expérience et aux moments de vie.
Plus que leurs collègues de plus de 30 ans et avec des écarts conséquents, ils craignent surtout le trop de responsabilités ou de stress (15 vs 9), l’investissement financier trop important (14 vs 7), leur manque de crédibilité (13 vs 7), voire le manque de compétences pour créer (9 vs 6), mais aussi le manque d’appui professionnel (11 vs 7), mais pas le revenu insuffisant (9 vs 24), ou les démarches administratives trop complexes (11 vs 17).
Par contre, ils sont proches de leurs collègues pour la remise en cause de l’équilibre vie pro -perso (12 vs 11), la solitude du dirigeant (11 vs 10), la concurrence trop vive (11vs 9), le risque d’échec (9 vs 11) .
20% disent ne pas rencontrer de difficultés particulières vs 28 pour les 30 ans et plus.
♦ Le financement et l’accompagnement
– 47% des jeunes chefs d’entreprise ont obtenu un financement externe pour démarrer leur projet vs 38 les 30 ans et plus, et 41% des jeunes ne l’ont pas obtenu ou l’ont refusé (des informations plus précises à vérifier dont Bpi est sans doute détentrice) vs 15 les 30 ans et plus ; mais 15% des 30 ans et plus n’en ont pas fait la demande.
– En matière d’accompagnement, 48% l’ont obtenu, alors que 35% ne m’ont pas obtenu et que 17% ne l’ont pas demandé, vs respectivement 34,18 et 50 pour les 30 ans et plus.
Les moins de 30 ans sont de fait nettement plus demandeurs que les plus de 30 ans.
♦ Par rapport à leurs aînés, les jeunes comptent davantage sur la digitalisation et l’international pour développer leur entreprise.
38% vs 30 feraient appel à la digitalisation et 29% vs 21 à l’internationalisation ; cela peut s’expliquer par 2 fois plus de jeunes chefs d’entreprise de nationalité étrangère ou Française par acquisition (1 sur 7 vs 1 sur 14).
Par contre, les problématiques environnementales sont avec l’innovation les 2 axes principaux sur lesquels comptent les chefs d’entreprise de 30 ans et plus (41 vs 35 et 38 v 32).
Pour les 2 groupes, la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) est moins considérée comme un vecteur de compétitivité.
⇒ les ex chefs d’entreprise
Ce que l’on ne connait pas, c’est leur situation actuelle : l’étude semble exprimer qu’un trés grand nombre ont crée ou repris à nouveau contrairement aux plus de 30 ans. Quel est le poids antérieur et actuel des micoentrepreneurs, notamment étudiants (pour un boulot rémunérateur pour faire face à leurs études), celui de ceux inscrits sur des plateformes pour la livraison à domicile, celui de ceux inscrits dans les services aux personnes, ces situations que l’on peut qualifier de “petits boulots” ?
De fait, 1 sur 20 dirige son entreprise à temps plein contre 4 sur 10 chez les 30 ans et plus), ou de trajectoires professionnelles saccadées (entrepreneuriat, salariat, inactivité…).
♦ 46% ont cessé leur activité dont 22% suite à un dépôt de bilan vs 41et 17 pour les 30 ans et plus ; 30% ont transmis et 24% ont cédé (quelle est la différence entre ces 2 modalités ?), vs 15 et 27 pour les 30 ans et plus.
Les moins de 30 ans sont ainsi 2 fois plus enclins que leurs ainés à transmettre ou léguer leur entreprise. Voilà qui demande explication.
Noter : quelque soit l’âge, la part des cessions recule dans le temps au profit des fermetures volontaires.
♦ Les jeunes qui ont cédé ou cessé leur activité ont plus souvent tendance à rester actifs dans l’entrepreneuriat : 9 sur 10 poursuivent en tant que porteur de projet ou de chef d’entreprise contre 4 sur 10 chez les 30 ans et plus.
Les intentions le confirment : si la moitié des chefs d’entreprise de 30 ans et plus souhaite rester aux commandes, 5 jeunes chefs d’entreprise sur 6 pensent à la suite : 1/3 compte transmettre leur entreprise dans les 5 ans à venir,1/5 compte la fermer faute de repreneur et 1/5 est déjà en train de la céder ou de la transmettre.
♦ Les difficultés rencontrées et les freins lors de la recherche d’un repreneur.
Pour 54% l’entreprise ne valait pas assez pour être vendue (vs 38 pour les 30 ans et plus), et bien moins le fait que l’activité reposait trop sur la personne du chef d’entreprise (11vs 37). Par ailleurs, pour 31% (vs 7) il y avait Incompatibilité du projet pour les repreneurs, une rentabilité insuffisante (21vs 8), pas d’accord sur le prix de cession (17 vs 12), voire le manque de compétences des repreneurs potentiels (25 vs 11) ; pour ce dernier point, est-ce une réponse pertinente ?
Mais il y avait aussi le fait de ne pas savoir comment s’y prendre (18 vs 7) et le manque de canaux de communication pour informer du souhait de vendre (25 vs 11)
En fait peu de comptabilité avec les demandes d’éventuels repreneurs et la difficulté de savoir s’y prendre pour vendre.
♦ Les jeunes ferment ou vendent surtout pour rebondir sur un autre projet et leurs aînés plus souvent en raison de difficultés économiques.
De fait les difficultés économiques sont la raison la plus importante de fermeture pour les plus de 30 ans (27% vs 19), alors que pour les moins de 30 ans il s’agit davantage d’une étape qui conduit maintenant à souhaiter exercer un autre métier (21 vs 11), à aborder un autre projet de création ou de reprise d’entreprise (12 vs 7), mais aussi l’évolution de leur situation personnelle (15 vs 17), voire un problème de santé (13 vs 11), ou encore une opportunité de cession (12 vs 8).
⇒ les intentionnistes
♦ 61% ne savent pas quand ils démarreront un projet de création et 20% dans plus de 2 ans (vs 70 et 10 pour les plus de 30 ans). Paradoxalement, 19% le feraient dans les 2 ans sans avoir entamé aucune démarche en ce sens.
♦ 70% souhaiteraient créer un entreprise nouvelle (vs 59 les plus de 30 ans), 19% reprendre une entreprise, alors que 15% ne savent pas se prononcer. En ce qui concerne la reprise envisageable, 7% (vs12) opteraient pour une entreprise existante, 6 (vs 6) pour la reprise d’une entreprise familiale et 3 (vs 9) la reprise d’une entreprise dans laquelle ils travaillent ou avaient travaillé.
♦ Les motivations exprimées comparées à celles des chefs d’entreprise :
Chez les moins de 30 ans, les intentionnistes s’inscrivent bien plus dans 4 motivations que les chefs d’entreprise du même âge, qu’il s’agisse du fait d’être son propre patron (37% vs18), de réaliser un rêve (37 vs 24), d’augmenter son revenu ( 33 vs 20), ou d’exercer une activité conforme à ses valeurs (23 vs 13). Si le profil des chefs d’entreprise est fortement connété petit boulot, cet écart s’explique.
Par contre, les autres motivations sont proches ; toutefois, les plus de 30 ans expriment un peu plus des motivations en phase avec le développement d’entreprise.
Noter que la comparaison intentionnistes/chefs d’entreprise des plus de 30 ans montre davantage de proximité entre ces 2 groupes notamment en ce qui concerne les 4 motivations principales évoquées précédemment.
⇒ Une comparaison des chefs d’entreprise, des intentionnistes et des non impliqués en ce qui concerne les craintes.
♦ Les non impliqués sont moins conscients des difficultés que rencontrent les entrepreneurs (solitude du dirigeant, manque d’appui, remise en cause équilibre vie perso-vie prof, concurrence vive, investissement financier, démarches administratives, manque de crédibilité), et plus inquiets du risque d’échec et de la lourdeur des investissements. Noter qu’en ce qui concerne les plus de 30 ans, les écarts sont plus modestes.
Les non impliqués sont assez proches des intentionnistes en ce qui concerne 2 des 4 motivations principales, nettement plus présentes que chez les chefs d’entreprise (risque d’échec, revenu insuffisant).
Pour en savoir davantage : https://lelab.bpifrance.fr/storage/sites/31/2026/06/Bpifrance-Le-Lab_Barometre_IEF_Jeune_2025.pdf