Comment vivent les femmes, patrons de TPE dans leur situation de chefs d’entreprise ?


"PARCOURS ET QUOTIDIEN DES CHEFFES D'ENTREPRISE ARTISANALE, COMMERCIALE ET LIBÉRALE", U2P, ISM, février 2025

Méthodologie : échantillon de 2 012 répondants (dont 900 réponses émanant de cheffes d’entreprise), avec un taux de 84% de réponses complètes ; l’enquête a été réalisée par voie électronique en février 2025. Un redressement des données a été réalisé pour que les résultats soient représentatifs du genre des dirigeant(e)s. En l’absence de redressement par la taille des entreprises, la part d’entreprises sans salarié et de microentrepreneurs est minorée. De même, le mode d’administration induit une surreprésentation de chefs d’entreprises diplômés de l’enseignement supérieur et d’entreprises adhérentes à des organisations professionnelles.

 

Une étude d’autant plus intéressante qu’elle permet d’approcher les patrons de TPE (femmes et hommes), représentés par le syndicat professionnel U2P, en situation d’acteur économique et de négociateur auprès des pouvoirs Publics.

⇒ L’évolution du nombre de femmes cheffes de TPE.

La part de femmes installées à leur compte dans les entreprises de proximité a nettement progressé, passant de 38,4% en 2017 à 41,6% en 2022 (+8,3%).

 

La progression a été forte dans les professions libérales : les professions libérales techniques et du cadre de vie (de 37 à 44,3% ou +19,7%), La féminisation est en nette hausse dans l’artisanat de fabrication (de 36,5 à 46,8% ou 28,2%, dont les métiers d’art),  dans les professions libérales de santé (de 61,1 à 64,6% ou +5,7%), les professions libérales du droit (de 53,2 à 56% ou +5,3%)

Hors le secteur de l’artisanat et du commerce de l’alimentation où elles progressent de 7,2% (de 34,8 à 37,3%), elles sont en régression modeste dans les services (de 42,8 à 42,4% ou -1%) et dans les HCR (de 37,2 à 36,5% ou -1,9%).

⇒ Le profil des femmes cheffes d’entreprise.

♦ Caractéristiques de leur profil :

– Ces femmes cheffes d’entreprise sont plus jeunes que les hommes : 39% ont au plus 44 ans vs 30 les hommes, alors que les 45-55 ans sont à égalité (34 et 35%) et les plus de 55 ans moins nombreuses chez les femmes (27 vs 35%). D’ailleurs, la part de femmes installées depuis plus de 10 ans est  inférieure à celle des hommes (56 contre 64%).

 

– Elles sont plus diplômées que les hommes : selon le recensement de la population, 57% des cheffes d’entreprise détiennent un diplôme de l’enseignement supérieur (notamment dans les professions libérales), contre 40% des hommes. Si le niveau de diplôme (en enseignement supérieur) est proche dans les professions libérales entre les femmes (entre 75 et 97%) et les hommes (entre 75 et 96%), il diffère nettement dans le BTP (35 vs 16%), dans l’artisanat de fabrication (46 vs 31%), dans l’artisanat et le commerce de l’alimentation (30 vs 20%), et encore dans les HCR (30 vs 24), avec l’exception des services (17 vs 20%).

Dans l’enquête, 53% des femmes sont diplômées d’un bac +5 vs 33 les hommes (mais rappelons que l’enquête a surévalué ce type de formation).

 

– Elles sont plus souvent microentrepreneures et emploient moins de salariés ; Elles réalisent un chiffre d’affaires moyen inférieur à ceux des hommes. 

 

La part de femmes multi-entrepreneurs est 2 fois moins élevée que celle des hommes (9 contre 19%) ; par contre, elles sont un peu plus nombreuses à conserver un emploi salarié en parallèle à leur entreprise (11 contre 9%).

– Préalablement avant leur installation 76% d’entre elles étaient salariés (80% les hommes), et 4% (5 les hommes) dirigeaient une entreprise ; 9% (6 les hommes) étaient en recherche d’emploi ; 3% (1 les hommes) étaient sans activité professionnelle et 8% étudiantes (8 les hommes).

– Elles apparaissent plus qualifiées pour gérer leur entreprise : 58% ont été formées dans le cadre de leur formation initiale vs 50 les hommes ; 14% ont suivi une formation de reconversion (vs 11 les hommes) et 11% (vs 9) ont suivi des formations continues ; les hommes se disent plus nombreux à avoir appris par l’expérience (43 contre 26%). 

 

♦ En termes de motivations pour le statut de cheffe d’entreprise :

Le rapport à l’entrepreneuriat : le désir d’être indépendant(e), être plus libre dans le travail (71% vs 71 les hommes) et la passion du métier (davantage les femmes 43% vs 37), un besoin d’accomplissement pour donner plus de sens à sa vie (davantage les femmes (31% vs 26), le goût d’entreprendre (davantage les hommes (35% vs 27) ; toutefois peu la volonté de préserver l’entreprise familiale (5% vs 9 les hommes) et peu “une idée nouvelle de produit ou de marché (3% les femmes vs 2 les hommes),

– D’autres raisons : l’insatisfaction rencontrée dans le travail salarié (24% vs 19 les hommes), la difficulté à trouver un emploi salarié (9% vs 7), voire la saisie d’une opportunité (20% femmes et hommes) ou l’envie d’augmenter ses revenus (16% vs 19 les hommes).

⇒ La mise en œuvre.

♦ Les principaux freins évoqués par les cheffes d’entreprise :

– Le manque de ressources financières (40% comme les hommes) ; c’est plus le fait des femmes autodidactes (58%) et celles des niveaux de diplômes bac et en-deçà (45-62%), moins celui des études supérieures (35%),
– Le manque de confiance en soi (36% et pas de citation pour les hommes) ; sont moins concernées les femmes diplômées de Bac général et technique (33%) et celles diplômeées de l’enseignement supérieur (36%), 
– Les craintes : crainte de perte de revenus (34% v 29), la peur de l’échec (32% vs 33), la crainte de perdre l’équilibre familial (31% vs 28), 

Les hommes disent la complexité des démarches administratives (31%, pas de citation pour les femmes),

 

♦ Contrairement aux idées reçues, les cheffes d’entreprise ne rencontrent pas plus de difficulté qu’un homme à s’imposer, que ce soit :

– Auprès de certains salariés (jamais 60% vs 52 les hommes et 5% souvent vs 7), 

– Auprès des fournisseurs (57% vs 50),

 – Auprès d’autres chefs d’entreprise de leur secteur (46% vs 48), 

– Auprès des banques et organismes de financement (44% vs 39 et souvent 10 vs 12),

 – Des clients et prospects (28% jamais vs les hommes 32 et souvent 10% vs 6) ; femmes comme hommes avouent rencontrer quelques fois des difficultés (63% vs 62).

 

♦ Ce qui leur parait le plus compliqué actuellement :

 

– En ce qui les concerne personnellement : dégager des revenus suffisants (33% vs 27), gérer le stress (26% vs 22).

 

– Quant à la gestion de l’entreprise : la charge de travail (41% les femmes vs 36 les hommes), les contraintes administratives (31% vs 38), maintenir ou développer l’activité de l’entreprise (22% vs 24), gérer le personnel (17% vs 21), équilibrer les comptes de l’entreprise (11% vs 14) et gérer les clients (5% vs 9).

 

Quels comportements dans l’organisation de leur travail ? Les femmes sont davantage prêtes à s’adapter, “à être positives en toute circonstance” (35% vs 27); mais elles formulent comme points faibles leur esprit de compétition et leur prise de risque, alors que les hommes mentionnent la définition des objectifs de développement et la gestion du personnel.

⇒ Leur charge de travail et leur conception de leur travail.

♦ 65% travaillent entre 40 heures et 60 heures : 35% 40-49 hres et 30% 50-59 par semaine vs 86% les hommes (dont 55% plus de 50 hres), 17% entre 30 et 29 hres (vs 6) et 14% (v 4 les hommes) moins de 30 hres (ces dernières ne seraient-elles que gestionnaires, voire prête-noms ?). 

Toutefois 40% (vs 48) disent souvent ou assez souvent prolonger leur journée de travail après 20 hres, 30% occasionnellement et 29% (vs 28) rarement ou jamais.

 

♦ Leur conception du travail : 

– Celui-ci est vécu fort positivement : source d’épanouissement (50% vs 34, et davantage pour les femmes de 35-44 ans 60%) et de passion (18% vs 21, un peu plus pour les femmes de 25-34 ans 22% et 25% pour les 55 ans et plus),

Indéniablement le métier est source de satisfaction (87% vs 82) ; elles sont peu touchées par le burn out (17%, idem pour les hommes), mais le manque de sommeil est là (42% vs 42) et le fait d’être seul (e) comme responsable peut peser (47% vs 50). Les répondants considèrent à proximité que leurs revenus sont plus importants ou moins importants que ce qu’ils auraient gagné comme salarié ; ils sont aussi dubitatifs sur leur situation financières à la retraite.

– Alors qu’une minorité voit le travail soit comme une nécessité économique (27% vs 33, un peu plus plus les femmes de 44 à 54 ans, 32% ) ou comme un devoir (6% vs 12).

⇒ Sont-elles entourées, comment font-elles face aux problèmes rencontrés ?

Rappelons qu’elles sont plus nombreuses à exercer seules, sans salarié.

 

♦ Leur entourage.

– Leur famille est moins présente dans l’entreprise que pour les hommes (19% contre 32), ce qui s’explique notamment par la taille plus restreinte de leur entreprise et par un effet sectoriel.

– Les femmes ne compensent pas cet isolement par une implication plus forte dans les réseaux d’entrepreneurs, tout comme les hommes, que ce soit dans des clubs d’entreprises (17% vs 20) ou dans des organisations professionnelles (36% vs 42).

 

♦ A qui font-elles alors appel ?

– Internet pour la recherche d’ informations/solutions (85% vs 84), 

– A leur proximité : leur conjoint (63% vs 50), à leur comptable (66% vs 70), à d’autres chef(fe)s d’entreprise (64% vs 64).

– et peu à un organisme d’accompagnement comme les CMA, et CCI (22% vs 28)

 

En ce qui concerne l’appui du conjoint : 78% des femmes (vs 87 les hommes) vivent en couple ; leur conjoint est par ailleurs à plein temps (85% les femmes vs 71). Plus précisément à propos du soutien de leur conjoint, 88% des femmes estiment être écoutées dont 47% tout à fait (les hommes 86 et 48) ; à propos de la solidarité financière, 73% des femmes estiment la vivre avec leur conjoint (dont tout à fait 42 vs 29 les hommes, sujet d’étonnement) ; à propos du partage de l’intendance familiale, 80% (dont tout à fait 41) des femmes estiment que cela fonctionne vs les hommes (85% et 54).

 

Quand elles font appel à une organisation professionnelle ou à un réseau ou un club de chef(fe)s d’entreprise, c’est d’abord pour la mise à jour de la réglementation de la profession (86% vs 85), pour rencontrer des personnes du même secteur (77% vs 76), puis avoir des contacts au sein de ces organismes (54% vs 64), moins pour être accompagnée(46% vs 61)

 

En fait une culture où l’on se débrouille seule, soit parce l’on pense s’en sortir seule, soit par le non conscience des appuis qui peuvent être apportés avec efficacité, soit pare que on ne sait pas comment trouver, alors que l’entrepreneuriat est notamment l’art de savoir solliciter .

⇒ Leur vécu en tant que personne, de leur responsabilité de cheffe d’entreprise.

♦ A la question ; “dans votre activité, pensez-vous que le fait d’être à son compte ou de diriger une entreprise améliore l’équilibre vie personnelle /vie professionnelle”, 45% des femmes (vs 35 les hommes) répondent non ; ceci étant, 73% des femmes (vs 56 les hommes) ont aménagé leurs horaires de travail en conséquence et 50% (48 les hommes) leurs charges de travail.

 

81% des femmes (vs 73) disent que leurs proches sont fiers de ce qu’elles ont accompli avec l’entreprise. 37% (vs 40) encourageraient leurs enfants et proches à devenir chef(fe) d’entreprise, alors que 18% (vs 26) ne le feraient pas ; 45% (vs 33) ne se prononcent pas.

 

♦ Si c’était à refaire, 94% des femmes (vs 91) le referaient mais différemment (39% vs 44). 

Que feraient-elles dans les 5 ans à venir ? Si l’on exclue celles parties en retraite (12% les femmes et 20 les hommes), 63% des femmes seraient toujours chefs d’entreprise (dont 3% dans une autre entreprise, vs 6% les hommes), 8% (6 les hommes) auraient repris un emploi salarié ; 27% (vs 21) ne savent pas répondre.

Ce qui les motive à rester chef d’entreprise, c’est le fait d’être indépendant (59 vs 61 les hommes) et la passion du métier (54 vs 45), nettement moins la liberté au niveau des horaires (38% les femmes vs 26).

 

Mon opinion : une étude fort riche, dont l’échantillon est quelque peu biaisé (sous-représentation des autoentrepreneures et surestimation des diplômés du supérieur, fichier interne comme base de l’échantillon ?). Dommage que l’analyse ne différencie pas les libéraux des artisans, commerçants, dont l’activité et le profil diffèrent fortement.

 

Pour en savoir davantage : https://infometiers.org/parcours-et-quotidien-des-cheffes-dentreprise-artisanale-commerciale-et-liberale-etude-u2p-ism/