Les femmes en entreprise individuelle, une comparaison avec leurs collègues hommes.


"nformations statistiques sexuées issues des données collectées par les Urssaf, édition 2025, Urssaf, mars 2025

Méthodologie : les données relatives aux effectifs et aux revenus des travailleurs indépendants (TI) classiques et les auto-entrepreneurs (AE) sont issues d’une extraction des bases de données centralisées à l’Urssaf Caisse nationale au 31 mai 2024. Les effectifs sont ceux de fin 2023 ; pour les AE, sont présentés les effectifs administrativement actifs (l’ensemble des effectifs qu’ils aient ou non déclarés un chiffre d’affaires en 2023) et les effectifs économiquement actifs (avec un chiffre d’affaires positif) également présents en fin d’année.

L’analyse de la polyactivité des TI est réalisée sur la base d’un appariement avec des données issues de la Déclaration sociale nominative (DSN), via des identifiants cryptés. Un TI est dit polyactif lorsqu’il a une activité salariée dans le secteur privé et/ou dans le secteur public au dernier jour ouvré de l’année.

Le TI peut ou non employer des salariés. Les revenus des TI classiques sont ceux de 2022 et présentés hors taxation d’office. Pour les AE, ce sont les revenus 2023 correspondant aux chiffres d’affaires strictement positifs déclarés desquels est déduit l’abattement forfaitaire pour prise en compte des frais professionnels.

 

Les données permettent d’approcher le positionnement des femmes dans les entreprises classiques, l’autoentrepreneuriat, leurs revenus et la polyactivité.

⇒ 38% de femmes cheffes d’entreprise au sein des entreprises individuelles classiques (hors autoentrepreneurs) :

Elles sont plus présentes dans la santé, et ce dans toutes les professions (entre 40 et 72%), puis en ce qui concerne les services aux personnes, elles sont 83% dans le coiffure et soins de beauté, dans le commerce, elles sont 48% dans le commerce de détail non alimentaire et 47 dans l’hébergement (notamment les chambres d’hôte) ; elles sont aussi trés présentes dans les services aux entreprises dans les activités juridiques (57%)et enfin dans l’enseignement (45%).

 

Elles sont trés peu présentes dans le BTP (4 à 6%), les transports (9 à 16%), l’agriculture (19%), l’industrie (20%), en réparation auto (9%), tout un nombre de métiers trés techniques et plutôt manuels. Dans les services aux entreprises, elles ne sont que 12% dans les activités informatiques ; dans le commerce elles sont moins présentes dans le commerce de gros (24%) et la vente sur les marchés (30%).

 

8,5% ont moins de 30 ans et 26% 55 ans et plus, notamment dans le commerce sur les marchés (59%), ‘l’agriculture (56), l’hébergement (47), les activités immobilières (44), l’enseignement (39), l’industrie (38).

Elles sont un peu plus présentes dans le sud et le nord et l’est (un peu au dessus de la moyenne de 36,2%) et moins dans le centre et l’Ile-de-France.

⇒ Les autoentrepreneurs économiquement actifs fin 2023.

♦ Ils sont 72% des autoentrepreneurs immatriculés.

Mais certaines activités connaissent des taux plus élevés : l’hébergement (88,5%), les activités juridiques (88), la santé (87,5), la coiffure (84), les activités sportives (83,5), la réparation hors auto (83), l’enseignement (81,5%), les ventes sur les marchés (81), le BTP (78 à 81).

D’autres ont des taux de démarrage nettement plus faibles tels le transport avec la livraison à domicile (38%), le transport de fret/déménagement (48), le conseil pour les affaires (61), les activités immobilières (62), la réparation auto (62).

 

♦ La présence des femmes : 45% des autoentrepreneurs.

Elles sont trés présentes dans la coiffure/salon de beauté (95,5%), la santé (82,5), certains services aux entreprises (59-66), l’hébergement (61), l’industrie (60 dont métiers d’art).

Elles le sont peu dans les activités : BTP (1 à 4%), transport (5 à 10), réparation auto (5), réparation autre (24), informatique (27), agriculture (28), nettoyage (29).

 

Noter que les femmes de moins de 30 ans sont plus nombreuses que la moyenne de 17,8% dans les activités livraison à domicile (54%), ce qui s’explique du fait de la nature de l’activité, et dans certaines activités de services aux entreprises (31-34%), en agriculture (31,5). En revanche, elles sont peu présentes dans l’hébergement (2,5%), dans nombre d’activités de commerce (2,5 à 11), dans la réparation hors auto (6), les taxis-VTC (8), qui pourraient être des activités de reconversion ?

 

Les femmes de 55 ans et plus sont davantage présentes dans les activités hébergement (52%), ventes sur les marchés (40), réparation hors auto (38,5), commerce de détail non alimentaire (30). 

Elles le sont peu dans certaines activités de services aux entreprises (8-14%), l’agriculture (10), la BTP gros œuvre (12).

Elles sont un peu plus présentes sur le littoral de la Bretagne à la Nouvelle Aquitaine et moins à l’est.

 

♦ Les autoentrepreneurs polyactifs sont 29% pour les femmes et 26% pour les hommes.

Les femmes comme les hommes sont plus souvent polyactifs : dans la livraison à domicile (39 vs 42%), l’enseignement (38 vs 42), les activités sportives (39 vs 43), les activités récréatives et arts et spectacles (35 vs 37) et la santé (36 vs 33).

Les hommes le sont plus souvent dans les activités immobilières (53 vs 20,5) et les activités financières (38 vs 21).

 

Sont nettement moins souvent polyactifs les autoentrepreneurs dans les activités : hébergement (12 les hommes et 11 les femmes), nombre d’activités de commerce (17-21 les femmes et 17-24 les femmes) et le BTP (9-15 les hommes et 11-21 les femmes).

⇒ 36% des chefs d’entreprise individuelle classique sont employeurs, 41% les hommes, 29% les femmes.  

Les employeurs sont plus fréquents dans le BTP (45-55%), mais à proximité pour les hommes et les femmes. Ils le sont dans l’industrie (44,5%) où les hommes y sont plus habituels (47 vs 33). Ils le sont encore dans le commerce (entre 36 et 66), où les hommes y sont plus fréquents (entre 37 et 71) vs les femmes (entre 29 et 60), à l’exception de la vente sur les marchés (13-14).

Et les transports avec 2 activités très employeurs : le transport de fret (57%) et l’entreposage (46) et 2 autres fort peu employeurs : les taxis-VTC (13) et a livraison à domicile (11).

 

Les employeurs sont moins fréquents dans les services, qu’il s’agisse :

– Des services aux entreprises : entre 30 et 39% pour certaines activités et autour de 20% pour d’autres telles l’informatique ou les activités juridiques ; une exception, celle du nettoyage, activité de main d’œuvre, avec 48% ; la tendance est une relative proximité entre hommes et femmes avec toutefois un plus souvent des hommes,

 

Des services “autres” tels les activités immobilières ou financières (30 à 39%), avec nettement plus d’hommes employeurs (entre 34 et 40,5% vs 24 à 34% pour les femmes),

 

– Des services aux personnes : entre 27 et 33% où les hommes sont plus présents (entre 29 et 35% vs 22 et 25,5%) avec 2 exceptions : la coiffure (51%, avec proximité des femmes et des hommes) et les activités sportives (15%),

 

C’est encore le cas dans certaines activités de santé (pharmacie, pratique dentaire, action sociale, et beaucoup moins dans les activités médecine spécialisée et générale (entre 31 et 34%) et les professions paramédicales (12%) ; il y a proximité entre les hommes et les femmes quoique ces derniers sont un plus souvent employeurs.

⇒ Les revenus.

En moyenne le revenu annuel des TI classique est de 49 265€ pour les hommes et de 38 813€ pour le femmes avec un écart de 21%. Celui des hommes autoentrepreneurs est de 8 256€ et celui des femmes de 6 670€ et un écart de 19%.

 

Les écarts les plus importants de revenu pour les TI classiques sont localisés dans les activités : santé, notamment médecine et pratique dentaire (-31 à -44%), dans les activités immobilières (-43%) et financières (-36%), dans de nombreux services aux entreprises (-28 à -44%), dans le transport du fret (-34%) et dans nombre de commerces (-32 à -39%).

Sinon les écarts s’étalent entre -17,5 et -27%.

 

Ils sont globalement les plus importants dans les activités de services exigent un niveau important d’études et dans le commerce ; ils le sont moins dans les métiers plus manuels.

Une tentative de comparaison entre le revenu des TI classique et la rémunération des salariés : globalement les revenus des TI classiques sont plus élevés, quelque fois beaucoup plus (activités juridiques par exemple), d’autres fois proches (activités financières/assurance, immobilières, commerce de gros, restauration) et d’autres fois plus élevés dans le salariat. Par ailleurs, les écarts entre femmes et hommes sont souvent plus modestes au sein des salariés.

La comparaison doit être observée avec grande prudence (modalités d’exercice et structures des entreprises différentes, calcul diffèrent des rémunérations…)

⇒ Les créations d’entreprise par les femmes.

Elles sont 42% des créations classiques et des autoentrepreneurs (immatriculations et non actives économiques ?) en 2023.

Les femmes sont les plus présentes dans les activités coiffure/salon de beauté (91% en création classique et 92% en autoentrepreneure), en santé (72 et 81) ; elles le sont encore de façon importante dans les activités : juridiques (67 et 64,5), industrie, dont métiers d’art (60 et 63), les services aux entreprises spécialisés (57 et 56,5), les services administratifs et de soutien aux entreprises (56 et 58), le commerce de détail non alimentaire (56 et 56), l’hébergement (54 et 58), et l’enseignement (53 et 53).

 

Par contre, elles le sont trés peu dans les activités : BTP (entre d’une part 2,5 et 6% et d’autre part 1,5 et 5% pour les autoentrepreneures) et les transports (entre 8 et 12 et entre 6 et 11) ou encore la réparation auto (8,5 et 8).

Elles le sont un peu plus dans les activités : réparation hors auto (25 et 25), l’informatique (26,5 et 27,5), les activités financières (29 et 33), et le nettoyage (31 et 31).

Elles sont un peu plus présentes sur le littoral de la Bretagne à la Nouvelle Aquitaine et moins à l’est.

 

Mon opinion : des données fort intéressantes dans cette compilation annuelle, et que l’on ne trouve guère ailleurs, du moins avec cette approche globale. Par contre, il m’a fallu longuement retravailler les tableaux pour les rendre pédagogiques et extraire une tentative d’analyse.

Dommage qu’aucune source données ne traite aussi finement des entreprises en société, vu sous l’angle du sexe de leurs dirigeants.

 

Pour en savoir davantage : https://www.urssaf.org/accueil/statistiques/nos-etudes-et-analyses/travailleurs-independants/nationale/2025/recueil_stat_f_h_2025.html