Les risques climatiques en entreprise.


"L’adaptation, clé de la résilience des entreprises face au changement climatique", DGE Théma N° 33, novembre 2025

Le changement climatique génère des coûts et des dommages pour les entreprises qui diffèrent selon leur exposition à ces risques.

 

Alors que l’impact du changement climatique est largement étudié au niveau macro, il existe peu de travaux consacrés à sa mesure au niveau microéconomique, notamment en ce qui concerne les entreprises.

⇒ Les différents risques.

♦ S’agissant du recul du trait de côte provoqué par le phénomène d’érosion, une étude du Cerema évalue ses impacts en identifiant les locaux d’activité (bureaux, commerces, campings et hôtels) exposés. Ainsi, 1 400 locaux seraient concernés en 2050 et plus de 53 000 en 2100. La valeur vénale de ces locaux atteint 121 M€ en 2050 et 7,5 Md€ en 2100.

 

♦ En ce qui concerne la perte de productivité des travailleurs sous l’effet des vagues de chaleur, dont le coût affecte directement les entreprises, celle-ci pourrait atteindre 1% du PIB à horizon 2050 dans un scénario de réchauffement à +2,7°C, d’après un article publié par Garcia
Leon et al (2021). De manière plus générale, les infrastructures de réseau (électricité, eau, transports, numérique) apparaissent particulièrement vulnérables aux risques climatiques. Les dommages sur ces réseaux font peser des coûts directs sur les entreprises gestionnaires (des investissements curatifs nécessaire  d’environ 25 Md€ en cumulé à horizon 2050), mais également des coûts indirects sur toutes les entreprises utilisatrices.

 

♦ Les inondations et les tempêtes causent des dommages matériels et des pertes d’exploitation, très variables selon la taille de l’entreprise. Les coûts moyens par sinistre liés aux inondations et aux tempêtes sont respectivement estimés à 3 400€ et 1 000€ pour une microentreprise contre 91 000€ et 23 300€ pour une grande entreprise. Si le coût reste relativement faible pour les microentreprises, leur vulnérabilité économique pourrait être beaucoup plus élevée ; leur vulnérabilité économique est, respectivement, de 18  et 6%, tandis que pour les grandes entreprises, elle est bien moindre (2 et 0,5%). Quel que soit le type de risque considéré, les microentreprises du secteur immobilier sont parmi les plus touchées économiquement, alors que pour les grandes entreprises, ce serait l’industrie. 

 

Les départements de la moitié nord de la France sont les plus exposés à l’augmentation du risque de tempête ; cela concerne 2 millions d’établissements avec en moyenne plus de deux jours supplémentaires de vent fort par an sur la période 2021-2050 ; environ 40% de l’effectif salarié total (7 millions de travailleurs) sont localisés dans ces zones.

En ce qui concerne les inondations, 1,5 million d’établissements sont situés dans des zones exposées actuellement au risque par débordement de cours d’eau ou par submersion marine, notamment en Île-de-France, dans la vallée du Rhône et le département du Nord ; ces établissements emploient 5,5 millions de travailleurs. 

 

Pour les feux de forêt, une étude de la startup Callendar estime que plus de 300 sites Seveso seraient menacés à horizon 2050 (contre une centaine aujourd’hui).

L’augmentation du risque élevé de feux de forêt concernera principalement les départements du Sud-Est de la France ; les Bouches-du-Rhône, le Var et le Vaucluse seront exposés à plus de 6 jours supplémentaires par an de risque élevé de feu sur la période 2021-2050. Ces départements comptent 400 000 établissements et près d’un million de salariés. En tenant compte de la valeur des actifs et des marges d’exploitation, ce coût pourrait varier entre 5 000€ par sinistre pour une microentreprise et 45 000€ pour une grande entreprise.

 

Les vagues de chaleur affecteront significativement la productivité d’une partie des travailleurs, notamment de la construction et de l’industrie, et de façon plus modeste les secteurs de la restauration et du commerce de détail ; plus de 5 millions de salariés sont concernés. 

L’analyse territoriale révèle que les salariés travaillant en Paca, Auvergne-Rhône-Alpes et  Occitanie seraient les plus exposés ; en se limitant aux départements qui vont connaitre plus de 10  jours supplémentaires de vague de chaleur par an, 2,3 millions de salariés sont concernés, soit la moitié de ceux identifiés comme vulnérables. 

Ces vagues de chaleur peuvent peser sur la productivité. À l’échelle européenne, il est estimé que les vagues de chaleur du dernier quart de siècle auraient entraîné des pertes économiques annuelles allant de 0,3 à 0,5% du PIB. En France, pour le secteur de la construction, les pertes annuelles moyennes de valeur ajoutée pourraient se situer entre 1,1 et 1,9% et dans  l’industrie, entre 0,6 et 1%. 

⇒ L’adaptation au changement climatique : quelle stratégie pour les entreprises ?

♦ Selon différents travaux, les solutions fondées sur la nature, qui s’appuient sur les services rendus par les écosystèmes, présentent un meilleur rapport coût-efficacité dans 71% des cas et une performance supérieure aux infrastructures classiques dans 65% des situations. À long terme, elles s’avèrent également plus rentables, combinant efficacité écologique et avantage économique. 

Les investissements des entreprises dans les solutions en faveur de l’adaptation restent mal connus, en l’absence d’un dispositif de suivi systémique, de même que les besoins. Par ailleurs, l’estimation des besoins financiers nécessiterait environ 13 Md€ d’investissements préventifs en cumulé d’ici 2050, concernant l’adaptation des infrastructures de réseaux existantes.

 

♦ La PNACC, conçu par les services de l’État en lien avec les collectivités, les agences scientifiques et les représentants syndicaux et économiques : le 3éme plan national d’adaptation au changement climatique vise à apporter des solutions aux particuliers, aux territoires et aux acteurs économiques pour faire face ; 52 mesures sont déclinées en près de 200 actions concrètes, majoritairement prévues dès 2025.
Les mesures transversales du plan visent à renforcer la résilience des entreprises dans tous les secteurs de l’économie à travers, par exemple l’accompagnement à l’élaboration des plans de sobriété hydrique (PSH) ou de guides sectoriels et d’outils génériques de référence. Des mesures spécifiques sont dédiées aux secteurs identifiés comme particulièrement vulnérables, notamment le secteur de l’assurance.

 

Il s’agit tout d’abord d’améliorer la connaissance des entreprises sur les risques climatiques futurs ; des méthodes techniques et des prestations permettent ensuite d’aider les entreprises à élaborer une stratégie d’adaptation pertinente. Enfin, un soutien financier, notamment le Prêt Vert Garantie par l’État a déjà permis de financer plus de 700 M€ d’investissement.

 

Pour en savoir davantage : https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/agir/espace-documentaire/adaptation-des-entreprises-au-changement-climatique-agir-maintenant