Les microentreprises créées en 2018 sont 28% à être encore en activité en 2023.


"Micro-entrepreneurs immatriculés en 2018 : profils et destins divers sous un régime peu rémunérateur et peu pérenne", Insee Première N°2118, juillet 2026

5Source : le système d’information sur les nouvelles entreprises (Sine), enquête micro-entrepreneurs est un dispositif permanent d’observation d’une génération de nouvelles entreprises, tous les 4 ans. L’échantillon utilisé est composé de 56 000 micro-entrepreneurs immatriculés au premier semestre 2018, enquêtés à trois reprises, fin 2018, fin 2021 et fin 2023. Seules les unités toujours actives économiquement ont été enquêtées pour la 3éme vague. Le champ de l’enquête couvre 214 000 micro-entrepreneurs immatriculés au premier semestre 2018 dans les activités marchandes non agricoles.
La base non-salariés fournit les chiffres d’affaires déclarés par les cotisants, notamment les micro-entrepreneurs.

Les 6 noms retenus pour désigner chaque profil s’appuient sur les caractéristiques des créateurs qui y sont fortement représentés, sans pour autant que ce profil soit univoque. 

 

La difficulté avec l’introduction de la notion de microentrepreneur est qu’on ne peut plus différencier ceux qui étaient précédemment autoentrepreneurs des entreprises individuelles qui ont fait le choix de la microentreprise pour bénéficier du régime fiscal de l’autoentrepreneur. A titre indicatif, l’Urssaf publie régulièrement les rémunérations des autoentrepreneurs (7 641€ annuels en 2024) vs 45 368€ pour les non-salariés (gérants majoritaires de société + entreprises individuelles autres), alors que l’Insee affiche un montant moyen de 25 000€.

 

L’étude de l’Insee permet enfin d’approfondir qui sont ces 6 profils de microentrepreneurs, largement développé dans les tableaux communiqués et par ailleurs d’identifier les activités autres rémunératrices.

⇒ Les 6 profils

Je ne commente que ce qui fait la différence de chaque profil au regard des moyennes.

 

♦ Les caractéristiques des microentrepreneurs : 

Ce qui est commun : les hommes sont habituellement majoritaires ; les étrangers sont en moyenne 10% (entre 7 et 15%) et les couples entre 67 et 74%. Quelles différences selon les 6 profils ?

 

– Les « salariés en activité de complément » (27% des immatriculations). 95% sont des salariés des secteurs public ou privé ; Il s’agit du profil le plus diplômé (65% sont issus du supérieur). 91% ont moins de 50 ans dont 35% de 30 à 39 ans. 59% sont des hommes.

 

Le groupe des « chômeurs » (26%). C’est le profil le plus féminisé, avec 53% de femmes, contre 37% en moyenne. 86% ont moins de 50 ans, dont 35% de  30 à 39 ans.

 

– Le groupe des « étudiants » (18%). 87% ont moins de 30 ans. 48% sont localisés en Ile-de-France vs en moyenne 30%. 74% sont des hommes. 51% sont issus du supérieur et 39% du bac.

 

Les « créateurs hors du marché de l’emploi » (13%). Il s’agit essentiellement de personnes sans activité professionnelle (50%) ou retraitées (24%) ; 52% ont plus de 50 ans vs 17% en moyenne. 41% n’ont pas de diplôme vs 15 en moyenne.

 

– Le groupe des « créateurs de la construction » (9%) est presque exclusivement masculin (97%). 67% ont entre 30 et 49 ans. Ce sont d’anciens salariés (51%) ou chômeurs (39%). 71% ont au plus le CAP. 85% sont localisés hors Ile-de-France vs en moyenne 70.

 

– Les « créateurs expérimentés » (7%). 70% sont des hommes ; 69% ont plus de 40 ans ; 79% sont des indépendants.18% prennent leur retraite entre 2018 et 2023.

♦ Les caractéristiques des entreprises et choix du régime.

Les services sont 55% des activités, dont 30% les services aux entreprises, le commerce et HCR 19% ; 57% exercent une activité autre que celle de leur métier antérieur ; 60% conduisent leur activité à titre principal et 31% de façon ponctuelle. 35% ont par ailleurs une autre activité rémunérée.

Le choix du régime de la microentreprise repose sur 3 raisons principales : la création de son emploi (42%), l’envie de créer une entreprise (37) et celui de développer une activité de complément (33).

 

– Les « salariés en activité de complément » (27% des immatriculations). 80% ont une activité rémunérée autre que celle de leur entreprise ; c’est une activité de complément dont ponctuel/saisonnier pour 47%. L’activité exercée diffère de leur métier principal pour 73%. 65% ont choisi une activité de service.

 

–  Le groupe des « chômeurs » (26%). 65% ont choisi une activité de service. Il s’agit d’une activité principale (80) et permanente (82). 2 motivations principales, la création de leur emploi (59% vs 42 en moyenne) et l’envie de créer une entreprise (49% vs 37).

 

– Le groupe des « étudiants » (18%). Pour 47% c’est une activité ponctuelle, mais pour 53% elle est permanente ; elle est bien plus localisée dans la livraison à domicile (38% vs 12) via des plateformes numériques (23%) et par ailleurs dans les services aux entreprises (36). 

 

Les « créateurs hors du marché de l’emploi » (13%). Ils sont plus présents dans le commerce et HCR (29% vs 19) ; ils ne font appel à aucune autre source de rémunération (6% vs 35). Une des motivations inhabituelle est le maintien d’une activité intellectuelle (23% vs 12). 

 

– Le groupe des « créateurs de la construction » (9%). 81% exercent une activité qui correspond à leur métier principal. Ils le font de façon permanente (87% vs 69) et ne sont que 20% à avoir recours à une rémunération extérieure (vs 35).

 

– Les « créateurs expérimentés » (7%). 57% y exercent leur métier principal (vs 43) et de façon permanente (74%).

♦ Les financements et les appuis au démarrage.

80% ont crée avec moins de 2 000€ de capitaux initiaux ; 46% ont bénéficié des aides à la création d’entreprise et 43% de prestations sociales.

78% n’ont jamais créé ou repris une entreprise. Par ailleurs, 64% disent avoir été accompagnés pour monter leur projet mais seulement 23% ont suivi une formation.

 

– Les « salariés en activité de complément » (27% des immatriculations). 85% (vs 78) n’ont jamais créé ou repris d’entreprise. 82% n’ont bénéficié d’aucune aide ou prestation. 44% ont monté seul leur projet, sans formation particulière (85 vs 77).

 

– Le groupe des « chômeurs » (26%). 51% ont réuni au moins 500€ (vs 37). 83% (vs 46) ont bénéficié d’aides à la création et 90% de prestations chômage. 73% (vs 64) ont bénéficié d’appui pour monter leur projet et 34% (vs 23) ont bénéficié de formation.

 

– Le groupe des « étudiants » (18%). 69% (vs 50) n’ont affecté aucun moyen financier au démarrage de leur activité ; 82% n’ont bénéficié d’aucune prestation sociale mais 51% ont reçu des aides à la création. 95% n’avaient jamais créé d’entreprise. 91% n’ont reçu aucune formation pour créer, à la différence de ceux qui s’impliquent dans un création plus classique à vocation pérenne (formation proposée dans l’enseignement supérieur).

 

Les « créateurs hors du marché de l’emploi ». (13%). 75% (vs 54) n’ont pas bénéficié d’aide à la création, ni de prestation sociale (68% vs 57). 84% (vs 77) n’ont sollicité d’aucune formation à la création de leur entreprise.

 

 Le groupe des « créateurs de la construction » (9%). 42% (vs 20) ont investi  au moins 2000€ au démarrage ; 64% (vs 46) ont bénéficié des aides à la création, et 64% (vs 43)  de prestations sociales.79% (vs64) ont reçu des appuis pour monter leur projet et 58% (vs 23) ont bénéficié d’une formation.

 

– Les « créateurs expérimentés » (7%). 78% ont déjà créé une entreprise, ce qui explique qu’ils aient monté plus souvent seul leur projet (54% vs 36) ou n’ont pas fait appel à la formation (83% vs 77). 60% ont investi au démarrage moins de 500€ (vs 63) ; 79% (vs 54) n’ont reçu aucune aide à la création et 77% (vs 57) aucune prestation sociale.

♦ Les difficultés rencontrées et l’avenir envisagé

Rien d’étonnant que les difficultés administratives soient le plus soulignées (55%), devant les difficultés commerciales (trouver des  clients, fixer les prix) avec 36% mais les difficultés bancaires le sont bien moins (16%).

Quel  avenir est envisagé ? 30% poursuivre, 22% développer et 8% changer ou élargir l’activité ; par contre 4,4% envisagent d’arrêter, et 3,5% devoir redresser une situation difficile. Seulement, 2,2% envisagent de choisir un autre régime que celui de la microentreprise et 1,5% faire de son activité complémentaire une activité principale.

 

– Les « salariés en activité de complément » (27% des immatriculations). Ils s’inscrivent dans  la moyenne, avec toutefois moins de difficultés bancaires (11,6%  vs 15,8).

 

– Le groupe des « chômeurs » (26%). Ils s’inscrivent dans  la moyenne ; mais font état de davantage de difficultés commerciales (47% vs 36). Ils s’impliqueraient davantage dans le développement (24,7% vs 21,6),voire le changement ou l’élargissement de leur activité.

 

– Le groupe des « étudiants » (18%). Il fait état de davantage des difficultés administratives (63% vs 55) et moins des difficultés commerciales (26%vs 36). ils s’inscrivent plus souvent dans le développement (30% vs 22).

 

Les « créateurs hors du marché de l’emploi ». Ils craignent moins les difficultés administratives (48% vs 55) et moins les difficultés commerciales (31% vs 36). Ils envisagent plus souvent la poursuite de l’activité (40% vs 35), et moins le développement (17% vs 22).

 

Le groupe des « créateurs de la construction ». Ils expriment davantage de difficultés commerciales (46% vs 36) et bancaires ( 24% vs 16). Ils souhaitent plus souvent poursuivre (41% vs 35) et cherchent moins à développer (14% vs 22).

 

– Les « créateurs expérimentés » (7%). Ils craignent moins les difficultés administratives (44 vs 55) et commerciales (26%vs 36) ; ils souhaitent moins développer (17% vs 22).

⇒ Leur taux de pérennité (28 % à 5 ans)

Il serait plus juste, pour comparer les taux de pérennité de retenir le taux de 39% pour les microentrepreneurs ayant démarré leur activité, alors que 30% des immatriculés en 2018 n’ont jamais produit de recettes pendant leurs 2 premières années, ce qui les a conduit à une radiation automatique. Ce taux de 39% est alors à comparer à celui de 70,6% pour les créateurs de société et de 63,3% pour les autres entreprises individuelles.

La suite de l’analyse, au regard de cette étude de l’Insee est calée sur le taux de 28% (plus précisément de 27,5%).

 

♦ Les 4 profils les plus pérennes sont ceux principalement mus par le désir d’assurer leur propre emploi : entre 46 et 59% évoquent ce motif, contre moins de 30% dans les 2 autres profils.

On y trouve le groupe des « créateurs de la construction », le groupe le plus pérenne  (37%) et une part plus importante dans ceux qui sont toujours actifs à 5 ans.

Vient ensuite le groupe des « créateurs expérimentés » (35%) dans lequel près de 60% ont conservé leur métier tout en créant leur entreprise ; 60% ont 45 ans ou plus. 

Puis le groupe des « chômeurs » (34%). Ils sont plus présents dans les services aux particuliers, secteur à la pérennité très élevée. 82% n’ont pas d’autre activité rémunérée.

Les « créateurs hors du marché de l’emploi (31%) : un âge médian de 50 ans, contre 34 ans en moyenne et l’absence d’autre activité rémunérée chez la plupart d’entre eux.

 

♦ Une pérennité faible  par contre pour les micro entrepreneurs ayant une activité par ailleurs :

– Les « salariés en activité de complément » (24%). 55% n’ont rien investi en capitaux, et 79% ont conservé une autre activité ; Il s’agit aussi, plus souvent de projets ponctuels ou d’activités de complément. 

Le groupe des « étudiants » a le taux le plus faible (13%), en lien avec la prépondérance du très peu pérenne secteur des transports dans ce profil (5% de pérennité) et la forte part d’activités ponctuelles (40%, contre 26 en moyenne) destinées a priori à assurer un revenu durant les études. Ils sont nettement moins présents en 2023 qu’en 2018.

⇒ Les chiffres d’affaires et leurs évolutions

– Le chiffre d’affaires annuel moyen d’un micro-entrepreneur immatriculé en 2018 et encore actif fin 2023 est de 19 600€ (entre 15 200 et 27 600€) ;  le chiffre moyen est de 10 700€ pour ceux dont la micro entreprise est une activité de complément (entre 9 100 et 14 400€), et de 25 000€ (entre 19100 et 30 800€) pour ceux dont c’est l’activité principale.

– Les entrepreneurs « créateurs de la construction » ont un chiffre d’affaires moyen plus élevé que les 5 autres profils (27 600€, dont 30 800€ pour ceux qui exercent cette activité à titre principal) ; leur temps de travail est aussi le plus élevé (140 heures mensuelles vs 120 heures pour l’ensemble) ; leur revenu horaire moyen en 2023 est de l’ordre du SMIC horaire net ; leur investissement lors de l’immatriculation est aussi le plus élevé (deux sur cinq à avoir investi plus de 2 000€ contre un sur cinq en moyenne) 

 

Par contre, le chiffre le plus bas appartient au profil des « créateurs hors du marché de l’emploi » avec 15 200€ annuels, notamment parce que le temps qu’ils consacrent à leur activité est moindre (la moitié de ceux dont l’activité est principale y travaillent moins de 100 heures par mois).

 

Mais les chiffres d’affaires ne reflètent pas les revenus réellement perçus par les micro entrepreneurs : cotisations et dépenses sont à déduire. Le ratio entre revenu d’activité et chiffre d’affaires est estimé à 53% en moyenne  Les revenus apportés par l’activité de micro entrepreneur restent ainsi faibles dans tous les profils.

 

Quatre entreprises sur dix qui étaient une activité de complément sont devenues des activités principales. Leur chiffre d’affaires moyen en 2023 est de 24 300€, l’équivalent d’un salaire net mensuel d’environ 1 100€. Ceux qui sont restés en activité de complément gagnent environ 400€ par mois et ceux en activité principale depuis le démarrage environ 1 400€ mensuels, au niveau du SMIC.

Le chiffre d’affaires moyen des microentrepreneurs toujours actifs en 2023 augmente de 27% entre 2019 et 2023, plus que l’inflation sur la période (13%). Tous les profils connaissent une hausse, malgré la crise sanitaire, qui a stoppé leur développement en 2020.

Les profils dont l’entreprise est plutôt une activité de complément lors de la création, « étudiants » comme « salariés en activité de complément », connaissent les plus fortes hausses de chiffre d’affaires, respectivement 59 et 48%. Leur professionnalisation en est la cause principale.

– Les « étudiants » restés micro-entrepreneurs en ont fait leur activité principale après leurs études (63% du profil en 2023 contre 55% en 2018).

– 47% des « salariés en activité de complément » font de leur entreprise leur activité principale en 2023.

– Le chiffre d’affaires des créateurs sans emploi lors de la création, qu’ils soient « créateurs
hors du marché de l’emploi » ou « chômeurs », augmente à un rythme proche de la moyenne entre 2019 et 2023.

– La hausse est moindre (autour de 10%), pour les « créateurs de la construction » et les « créateurs expérimentés ».

Pour ces quatre profils, la crise sanitaire a fait baisser le chiffre d’affaires de 5 à 10% en 2020.

 

En 2023, 38% exercent une activité en complément, comme en 2018 (39%), mais ce type d’activité a baissé chez les salariés (76% en 2018 vs 53 en 2023) et les étudiants (de 45à 37%) ; par contre, cette activité a progressé chez les chômeurs (de 20 à 30%), chez les créateurs hors marché de l’emploi (de 38% à 45) et chez les entrepreneurs expérimentés (de 33% à 40).

 

Pour en savoir davantage : https://www.insee.fr/fr/statistiques/9022618