Méthodologie : 69 866 individus de 18 à 79 ans au 1er janvier 2024 ont été tirés au sort par l’Insee dans les fichiers démographiques sur les logements et les individus (Fidéli, millésime 2022), qui constituent une liste exhaustive des logements et de leurs occupants. Le terrain de l’enquête s’est déroulé du 12 février au 27 mai en France hexagonale (15 semaines) et du
19 février au 27 mai dans les DROM (14 semaines). 34 940 questionnaires ont été considérés exploitables; 86% ont répondu par internet et 14% par téléphone.
Dans les résultats décrits dans cet article, ne sont retenus que ceux manifestant des écarts conséquents d’une part, l’accent étant mis par ailleurs sur les indépendants (les chefs d’entreprise non salarié de leur entreprise), comparés aux salariés dans leur différence de statut.
C’est une des rares études à permettre de comparer les Français, les salariés et les indépendants.
Les indépendants sont, selon les situations, manifestent beaucoup de proximité soit avec les cadres soit avec les professions intermédiaires.
⇒ La santé : bonne ?
♦ 68% déclarent avoir une bonne ou très bonne santé (intitulé bonne santé par la suite) ; les plus jeunes ont une meilleure santé (79-82%) vs les 50-69 ans (70), les 50-69 ans (58-63) et les 70-79 ans (50). Par ailleurs, plus le niveau de diplôme est élevé, plus la proportion de bonne santé élevée (78% pour les diplômés du supérieur, vs 72 pour ceux de niveau bac et 58 en deçà (pour ce dernier item, 61 les hommes vs 55).
Il en est de même pour la situation financière perçue : ceux qui s’affirment à l’aise ou ça ira sont 75 à 85% vs ceux en difficulté 50. De fait selon l’Insee, si les hommes ont une espérance de vie de 72 ans, les plus aisés vivent en moyenne 13 ans de plus que les plus modestes. Il en est de même pour les femmes avec un écart de 9 ans (80ans pour les plus modestes vs 89 pour les plus aisées).
Les proportions de personnes déclarant une bonne santé sont très inférieures dans les 4 départements et régions d’outre-mer, (53-66% sauf la Guyane 62) comparées à la moyenne des autres régions ; les régions Hauts-de-France et Grand Est (65% l’une et l’autre) présentent également, dans une moindre mesure, des proportions inférieures à la moyenne des autres régions, alors que les régions Pays de la Loire, Bretagne et Ile-de-France (71% chacune) sont celles où elles sont les plus élevées.
Noter qu’il y a peu de différences entre les hommes et les femmes (70 vs 66%).
En ce qui concerne les catégories socioprofessionnelles (PCS), les plus élevées (les cadres et les libéraux) font état d’une santé plus florissante (78%), puis les professions intermédiaires (71%) devant les indépendants (68%, 70 les hommes et 65 les femmes), en meilleure situation que les employés et les ouvriers (62%).
♦ 26% déclarent une limitation de leur activité
Elles et davantage le fait des plus de 50 ans (31-34% chez les 50-69 ans et bien 40%chezles plus de 70 ans vs 14-17% chez les moins de 40 ans. Idem pour le niveau de diplôme : peu ceux issus du supérieure (19% vs 34 ceux ayant un niveau inférieur au bac). Idem pour le niveau de vie : ceux pour qui cela va (16-21%) vs ceux en difficulté (40%).
Par contre en ce qui concerne les PCS, les indépendants sont proches de l’ensemble (27 vs 24-31), sauf des cadres (20%).
⇒ La satisfaction de la vie actuelle.
Selon l’OMS, la santé mentale d’un individu ne peut se résumer à une simple absence de trouble psychique. Elle se définit plus largement comme « un état de bien-être mental qui nous permet d’affronter les sources de stress de la vie, de réaliser notre potentiel, de bien apprendre et de bien travailler, et de contribuer à la vie de la communauté ».
Le score moyen de satisfaction de vie actuelle est de 7,1 sur 10.
Le score moyen des hommes est comparable à celui des femmes ; les 30-39 ans et les 60-79 ans se disent davantage satisfaits de leur vie actuelle (7,2 vs 7 et 7,1) ,ceux en couple; et ceux au travail.
Les plus favorisés ont les meilleurs scores : ceux à l’aise financièrement, ceux issus du supérieur, les cadres (7,5) vs les professions intermédiaires (7,3), puis les indépendants (7,2), puis les employés et ouvriers (7).
La satisfaction de vie des personnes présentant des troubles psychiques (épisodes dépressifs caractérisés, troubles anxieux généralisés) ou ayant eu des conduites suicidaires (pensées suicidaires ou tentatives de suicide) apparaît nettement inférieure à celle des individus non concernés.
⇒ Les addictions ou ce qui nuit à la santé
♦ Tabagisme : usage, envie d’arrêter et tentatives d’arrêt
24 déclarent fumer du tabac, dont 17% quotidiennement.
Le tabac reste en France la première cause de mortalité évitable, avec environ 75 000 décès attribuables chaque année, soit 13% des décès ; noter toutefois que le tabagisme quotidien est en nette baisse par rapport à 2021.
Les inégalités sociales en matière de tabagisme restent très marquées : le tabagisme au quotidien est le fait des chômeurs (30% vs 19 ceux au travail), ceux en difficulté financières (30% vs 10-13 ceux pour qui ça va), ceux au niveau de diplôme le plus faible (21% vs 13 pour ceux issus du supérieur), ou encore il est 2,1 fois plus élevée parmi les ouvriers que parmi les cadres (25% vs 12%), les indépendants se situant entre ces 2 groupes (18%).
En ce qui concerne les âges, le taux est plus faible chez les 60 ans et plus (6-14%) vs 18-23% chez les moins de 60 ans.
55% des fumeurs quotidiens déclarent avoir envie d’arrêter de fumer : les différences entre caractéristiques sont peu importantes ; au sein des PCS, les indépendants sont 55% vs 52-60% pour les autres PCS (cadres et professions intermédiaires 60, ouvriers et employés 52).
Noter que 17% ont fait une tentative d’arrêt du tabac d’au moins 7 jours au cours des 12 derniers mois (20% les indépendants vs 19-20 les cadres et les professions intermédiaires et 14-16 les employés et ouvriers) ou encore ceux issus du supérieur (23%) vs ceux de niveau inférieur au bac (13).
♦ La consommation d’alcool dépassant les repères à moindre risque.
En moyenne, ce type d’addict concerne 22%. Les hommes sont davantage concernés (30-33% au-delà de 30 ans et 25% les moins de 30 ans), alors que les femmes sont 17% entre18 et 50 ans et 12-14% à partir de 50 ans.
Les plus favorisés sont les plus consommateurs : ceux les plus à l’aise (30 vs ceux en difficulté 20), les plus diplômés (supérieur 26% vs diplôme inférieur au bac 19), ceux au travail (25 vs 19 ceux au chômage). Les indépendants sont aussi avec les cadres les plus concernés (31 vs 30), fort éloignés des employés (15)et à mi chemin avec les professions intermédiaires et les ouvriers (23 et 24).
Noter que peu ont envie de réduire leur consommation : 19% des hommes concernés vs 15% des femmes.
♦ 28% déclarent passer plus de 7 heures par jour en position assise (34% ceux au travail).
Ce sont bien sur les cadres (49%), devant les professions intermédiaires (28) les employés (23), puis les indépendants proches des ouvriers (15 et 16). Sans surprise les plus diplômés vs ceux de niveau inférieur au bac (43% vs 15).
⇒ Les bons gestes pour protéger sa santé.
♦ Pour y remédier à la position assise longue, 89% déclarent se lever au moins toutes les deux heures en cas de position assise prolongée. 98% déclarent qu’il «est recommandé, lorsqu’on reste assis longtemps, de se lever pour marcher un peu» toutes les deux heures ou plus souvent.
♦ 40% déclarent pratiquer régulièrement des activités physiques pendant leurs loisirs.
Noter que 44% ont un travail nécessitant des efforts physiques et 21% la possibilité de pratiquer des activités physiques ou sportives sur son lieu de travail ; lorsque cette pratique est possible, 60% y ont recours (plus les hommes que le femmes (64 vs 54). Noter encore que les 3/4 des adultes en emploi déclarent avoir recours à des mobilités passives exclusives (transports en commun et véhicules motorisés) pour se rendre au travail. Pour les petits trajets du quotidien, davantage propices aux déplacements à pied ou à vélo, 34% déclarent avoir recours à un mode de transport exclusivement motorisé.
♦ Pendant les loisirs, Il s’agit majoritairement d’une pratique libre, informelle, réalisée hors structure.
40% disent pratiquer une activité régulière, 48% occasionnelle ou rare et 12% jamais. Cette pratique est peu réalisée exclusivement en club ou au sein d’une association (21%).
En termes d’âge les seniors (souvent en retraite) pratiquent davantage (45-47% vs37-39 les moins de 60 ans ; il en est de même des couple sans enfant (46), des célibataires (43) à la différence des autres situations (33-37).
Les plus favorisés sont aussi les plus pratiquants : ceux issus du supérieur (50) vs ceux de niveau inférieur au bac (33) ou encore ceux les plus à l’aise financiérement (55 vs 26 veux en difficulté). On y retrouve les cadres (55) puis les professions intermédiaires (46) proches des indépendants (41), en décalage avec les employés (35) et le ouvriers (31).
Ceci étant, 57% connaissent la recommandation « au moins 30 minutes par jour d’activité physique d’intensité modérée à élevée », une recommandation davantage connue des personnes issues des catégories sociales les plus favorisées : issus du supérieur (66 vs 48 ceux inférieurs au bac), ceux pour qui ça va financiérement (59-64 vs 51). Au sein des PCS, ce sont bien sur les cadres (65) et les professions intermédiaires (60), devant les indépendants (55), les employés (55) et les ouvriers (51).
⇒ Les incidents de santé.
♦ 19% ont connu des chutes. Les écarts entre caractéristiques sont faibles (entre 16 et 22%), hors les âges : 26% les moins de 30 ans, 21-23% les 50 ans et plus et 15-17% les 30-59 ans.
14% ont connu un ou des accidents (dont 5% un traumatisme crâniens) ; les écarts entre caractéristiques sont faibles (entre 10 et 17%).
♦ Les insomnies.
Le temps de sommeil moyen est de 7hres32 ; 22% disent avoir des sommeil plus courts et 33% des insomnies.
Ces insomnies sont le fait de l’âge (23-32% les moins de 50 ans vs36-37% les plus de 50 ans), mais plus encore selon une situation plus favorisée : les plus diplômés (28 vs 39 les moins diplômés), les ça va financiérement (25-29 vs 46) et le PCS ; les indépendants (34%) se situent entre les cadres (26), proches des professions intermédiaires (32) et des ouvriers (33), alors que les employés affichent le taux le plus élevé (39).
♦ Les épisodes dépressifs (en moyenne 16%) :
La encore la situation financière impacte beaucoup : à l’aise 9% vs 28 ceux en difficulté ; le chômage (25 vs 15 ceux au travail) ; idem pour la vie en couple (12-14 vs 18-21 les autres situations). L’âge encore : les 60 ans et plus (9-10 vs 17 les 30-59 ans et 22 les moins de 40 ans) et les femmes (18 v 13 les hommes).
Les indépendants se situent au même niveau que les cadres et les ouvriers (12 vs 13), alors que les professions intermédiaires et les employés sont 17 et 18%.
♦ Les troubles anxiogènes (une moyenne de 6,3) :
Si ceux en difficultés financiéres sont les plus concernés (12,9 vs 3,6 à 4,4 pour ceux à l’aise ou ça ira), les plus diplômés sont aussi plus concernés que ceux de niveau inférieur au bac (6,8 vs 5,4). Le télétravail est source plus fréquente d’anxiété (6,8 vs 5,6 ceux qui ne sont pas en télétravail)
Les indépendants sont avec les couples les moins concernés (4,9 vs 4,6 à 5,4) et ceux à l’aise financiérement, alors que les autres PCS sont plus anxieux (employés 7,2, professions intermédiaires 6,2, ouvriers 5,8, cadres 5,5). Noter que les femmes indépendantes sont moins anxieuses que les femmes dans chacune des autres PCS (5,3 vs 7,3 à 8,4). Noter aussi que les indépendants travaillant seuls sont plus anxieux (6,9 vs 4,7).
Noter enfin que 29% n’ont sollicité aucun recours médical, notamment les hommes (39% vs 23 les femmes). Les indépendants ont le moins recours à des soins (ni consultation, ni
psychothérapie, ni prise de médicaments) 45,5% vs 23 les cadres.
♦ Conduites suicidaires (moyenne 5,2%)
Les plus en difficultés financiéres sont les plus concernés (10,7 vs ceux à l’aise 3,4) ; 10% ont d’ailleurs connu une tentative de suicide. Les moins de 30 ans (8,6 vs 5,3-5,7 les 30-59 ans et 2,6-2,9 au-delà) ; .
Ceux au travail sont moins concernés (4,8) que ceux en études (10,7) ou au chômage ; toutefois, ceux issus du supérieur sont un peu plus concernés que ceux de niveau inférieur au bac (5,8 vs 3,9).
Les indépendants sont aussi au sein des PCS les moins concernés (4 vs 5 les cadres, 4,3 les ouvriers, 5,7 les professions intermédiaires et 5,5 les employés. Ils sont même 3,3% parmi les actifs à avoir connu des pensées de suicide au cours des 12 derniers mois et 3% à l’avoir fait.
D’ailleurs les indépendants ne sont que 3,9% à avoir connu une tentative de suicide vs les cadres 3,4 mais les employés 7,6.
Noter que ceux en couple sont peu concernés (3,6-3,9 vs 7,3-7,6 les autres).
♦ Hypertension artérielle (moyenne de 22%).
L’âge est le plus discriminant : 4-13% chez les moins de 50 ans, 26 chez les 50-60 ans, 39 chez les 60-69 ans et 51chez les 70-79 ans. L’est aussi le niveau de diplôme : 15 pour ceux issus du supérieur vs 30 pour ceux dont le diplôme est inférieur au bac.
Par contre les écarts au sein des PCS son faibles : indépendants 23, cadres 21, professions intermédiaires 22, employés 26 et ouvriers 25.
74% déclarent avoir eu une prise de la pression artérielle dans l’année précédant l’enquête, 15% entre 1 et 5 ans, 3% il y a plus de 5 ans; 7% n’ont jamais sollicité cette vérification. 77% déclarent avoir pris un traitement antihypertenseur dans les 12 derniers mois.
♦ Le diabète (moyenne de 7%).
Là encore, d’abord une question d’âge : 1-3% moins de 50 ans, 8 pour les 50-59 ans, 14 pour les 60-69 ans et 20 pour les 70-79 ans ; mais aussi de niveau de diplôme : 3 pour ceux issus du supérieur vs 12 pour ceux dont les diplômes sont inférieurs au bac. Et pour le niveau de finances ; à l’aise (5) et en difficulté (9).
Par contre assez peu de différences pour les PCS : indépendants (8), vs cadres (5), professions intermédiaires (6), employés (7) mais les ouvriers (11).
81% bénéficient d’un traitement en pharmacologie, vs 9 aucun traitement.
Un tableau de synthèse pour comparer indépendants et autres statuts professionnels :
Pour en savoir davantage : https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2025/resultats-de-l-edition-2024-du-barometre-de-sante-publique-france-mieux-connaitre-et-comprendre-les-comportements-connaissances-et-opinions-de-l
Voir par ailleurs les études spécifiques, notamment de la fondation MMA sur la santé des dirigeants https://letowski.fr/66-des-dirigeants-travaillent-plus-de-45h-par-semaine-85-se-disent-en-bonne-sante/
Et le mot clé “conditions de vie” au sein du blog https://letowski.fr/ où d’autres études sont développées.