Méthodologie : enquête réalisée en ligne en juillet 2025 auprès de chefs d’entreprises artisanales du BTP, employant de 0 à 19 salariés, adhérentes à la CAPEB ou à la CNATP, auprès de 520 répondants dont 360 cheffes d’entreprise (48% des répondants).
Cette enquête apporte un éclairage sur les conditions de travail des femmes dans l’artisanat du Bâtiment, un secteur qui reste très peu féminisé (4% des cheffes d’entreprise et 13% des salariés femmes).
⇒ Compétences et légitimité professionnelle.
Dans l’artisanat du Bâtiment, les femmes occupent principalement des fonctions support tertiaires : 70% exercent uniquement dans un bureau, 1/4 interviennent à la fois sur des chantiers et en bureau ; seules 6% travaillent uniquement sur les chantiers.
Dans ce monde professionnel très masculin, 69% (dont trés souvent 31%) des répondantes ont déjà eu le sentiment de devoir justifier leurs compétences ou légitimité professionnelle ; rarement 17% et 14% jamais.
Ce besoin de justification est plus fréquent auprès des clients (64% des répondantes), que des professionnels du métier (41%) ou des fournisseurs (33%).
Au-delà de cet aspect, plus de la moitié des répondantes déclarent avoir déjà vécu une situation où l’interlocuteur s’est adressé à un collègue masculin et/ou à leur conjoint plutôt qu’à elles (56%), quand 27% déclarent n’avoir jamais rencontré cette situation.
⇒ Management, gestion de la prévention des risques
39% des répondantes estiment que le management par une femme facilite les relations humaines et la communication.
70% indiquent que leur manière d’aborder la prévention diffère de celle de leurs collègues masculins (dont 30% estiment anticiper davantage la préparation du chantier).
Pour porter les charges lourdes, 55% des femmes qui travaillent sur chantier déclarent utiliser des dispositifs d’assistance physique (DAP). Près des 2/3 adaptent leurs postures ou leur manière de porter les charges afin de préserver leur santé physique.
=> La maternité
41% des cheffes d’entreprises ayant répondu à l’enquête ont déjà été enceintes pendant leur activité professionnelle.
Parmi celles-ci, 69% ont bénéficié d’un congé maternité (mais 22% ont écourté ce congé maternité de plus d’un mois ; 9% déclarent ne pas avoir bénéficié de leur congé maternité). Pour les autres, les contraintes de gestion de l’entreprise ont empêché ce congé maternité.
Près de la moitié d’entre elles n’ont pas jugé nécessaire d’apporter des aménagements à leur quotidien, en raison de leur grossesse. D’autres ont délégué des missions, allégé les tâches physiques ou encore modifié leur planning.
Pour l’ensemble des chefs et cheffes d’entreprises interrogés, ce sont les contraintes physiques du métier qui sont les plus préoccupantes concernant les femmes enceintes (port de charges, postures difficiles et le travail en hauteur), suivi par l’exposition à des risques (produits chimiques, poussières, vibrations, bruit, conditions climatiques). Pour une partie d’entre eux, il est nécessaire d’adapter l’organisation (aménagement du poste, horaires ajustés, pauses et reclassement temporaire). Un arrêt anticipé peut également être privilégié afin de limiter les risques.
Enfin, des enjeux pour l’entreprise sont mentionnés : remplacement, coût des aménagements et besoin d’appui d’organismes externes.
=> Le recrutement de femmes
49% des chefs et cheffes d’entreprises interrogés ont déjà recruté une femme, dont un tiers en emploient actuellement.
Dans ces équipes mixtes, un tiers des chefs/cheffes d’entreprises ne constatent pas de changement dans le quotidien du travail, tandis que 30% notent plus d’attention aux conditions de travail. 27% mentionnent un langage et des comportements plus soignés.
Parmi les entreprises n’ayant jamais embauché de femmes, les motifs les plus cités sont :
– l’absence de candidatures féminines,
– des situations « autres » comme l’absence de besoin de recrutement ou des entreprises sans salarié,
– une logistique de travail jugée inadaptée (sanitaires, vestiaires, etc.),
– la perception d’un métier “peu adapté” (port de charges, manutention).
– Les conséquences de la maternité (absentéisme redouté, gestion des enfants)
– Les mentalités et infrastructures (préjugés, locaux inadaptés)
=> Besoin d’aménagements spécifiques pour le recrutement de femmes ?
1/3 des répondants ayant recruté des femmes ont déclaré avoir mis en place des actions ou aménagements pour les accueillir. Les principaux aménagements concernent les toilettes et vestiaires séparés.
La principale raison avancée pour ceux qui n’ont pas mis en place d’action spécifique : l’égalité femmes-hommes pour ne pas créer de différences. Pour d’autres, ces aménagements ne sont pas jugés utiles lorsqu’il s’agit d’un poste administratif dans un bureau, quand certains indiquent avoir déjà des locaux adaptés.
Ces aménagements sont bénéfique à l’ensemble des salariés.
=> Besoin exprimés par les entreprises pour favoriser l’embauche de femmes
– Une valorisation des métiers du BTP et du paysage auprès des femmes, dès l’orientation
– Un large choix d’équipements de protection individuelle adaptés à la morphologie féminine
– Des aides financières pour l’achat d’équipements d’aide à la manutention
– L’aménagement des postes de travail afin de réduire les contraintes physiques
– Des aides financières pour l’aménagement de bases vie adaptées
Pour en savoir davantage : « Les femmes dans l’artisanat du BTP et du paysage », IRIS-ST, OPPBTP, CAPEB, CNATP, novembre 2025
« Les entreprises de proximité au féminin », U2P-Institut Supérieur des Métiers, mars 2022
Article rédigé par Mylène Reboul-Salze de l’institut Supérieur des Métiers
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