Méthodologie : 4 principales sources de données au niveau communal :
– Les bases de recensement via Saphir (INSEE), couvrant 8 vagues de recensement (1968, 1975, 1982, 1990, 1999, 2006, 2011 et 2016) pour mesurer la part de l’emploi industriel parmi les résidents ainsi que les caractéristiques socio-économiques locales (composition des ménages, âge et niveau d’éducation).
– Les variables économiques et politiques issues de Piketty et Cagé (2023) : revenu par habitant, PIB local et prix de l’immobilier, résultats communaux des élections présidentielles et législatives de 1967 à 2017.
– La Base Permanente des Équipements (BPE) de 2018 pour mesurer le nombre d’équipements de proximité disponibles dans chaque commune.
– le nombre d’associations créées dans chaque commune entre 2018 et 2024 à partir du Répertoire National des Associations (RNA).
Afin d’assurer la fiabilité statistique et la représentativité des données, sont exclues les communes de moins de 500 habitants.
L’échantillon final est un panel de 10 258 communes sur les 8 vagues de recensement entre 1968 et 2016.
Au-delà de son rôle moteur dans la croissance économique, l’industrie a également constitué un vecteur majeur d’inclusion sociale.
En 1968, plus d’un travailleur sur quatre était employé dans l’industrie, une proportion comparable à celle de l’Allemagne et nettement supérieure à celle des États-Unis. Depuis 1968, la part de l’emploi industriel est passée de près de 27% à environ 12% en 2016, ce qui représente une perte nette de plus de 2,5 millions d’emplois. La France a ensuite connu l’un des déclins industriels les plus marqués, ce qui la place aujourd’hui parmi les économies les plus désindustrialisées du G7.
Les communes les plus touchées par la désindustrialisation ont connu une hausse du chômage, une baisse des revenus et un recul du PIB :
– Une baisse de la part de l’emploi industriel de 10 points correspond à une hausse de 1 point du chômage et à une diminution de 3,8% du revenu. Entre 1968 et 2016, la commune médiane (en termes de population) a connu une baisse d’environ 12,3 points de la part de l’emploi industriel, ce qui implique une hausse moyenne du chômage de 1,3 point et une diminution du revenu par habitant de 4,6%. Les pertes d’emplois industriels n’ont pas été entièrement compensées par des créations d’emplois dans d’autres secteurs.
– Par ailleurs, une baisse de 10 points de l’emploi industriel est associée à une hausse de 2,9% de la part des personnes vivant seules et à une diminution des taux de mariage, indiquant un isolement social accru. Les estimations de long terme pour la commune médiane se traduisent par une augmentation de 8% des ménages composés d’une seule personne, une réduction de 1,4% de la croissance démographique.
– Elle est également associée à une baisse de l’engagement civique et à un changement des préférences politiques traditionnelles de la classe ouvrière (recul significatif du soutien électoral à la gauche et hausse du soutien à l’extrême droite). et par une baisse de 1,6 point de la participation électorale
– Une hausse de 2,7% des départs.
– Elle est aussi associée à une perte de 9,5 équipements de proximité en moins pour 10 000 habitants en 2018 et une diminution de 0,42 association créée par an pour 10 000 habitants.
Pour en savoir davantage : https://www.ipp.eu/publication/laisses-pour-compte-les-effets-locaux-de-la-desindustrialisation-en-france/